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Gazette littéraire

Le temps des désillusions du poète, candidat aux élections présidentielles (Lamartine)

Repères : thème du pouvoir : représentation dans la littérature 

Dans l'article précédent, il a été mis en ligne un des brillants discours de Lamartine, élaboré et prononcé en sa qualité de député.

Voyons aujourd'hui, notre dernier article consacré à l'épopée politique de notre poète qui subira une sévère déconvenue durant l'année 1848.

Rappelons brièvement les faits : 

24 février 1848 : insurrection à Paris conduisant le peuple à envahir la chambre des députés. Lamartine en appelle à la formation d'un gouvernement provisoire qui sera ainsi proclamé par lui à l'Hôtel de Ville.

La 2ème République est ainsi proclamée.

Membre du gouvernement provisoire, il est auréolé d'une gloire immense avec les mesures sociales suivantes  : abolition de l'esclavage, suffrage universel (pour les hommes seulement), la liberté de la presse et de réunion, abolition de la peine de mort en matière politique, création des ateliers nationaux destinée à fournir du travail aux travailleurs.

Mais très vite, ces ateliers qui deviennent des foyers d'agitation politique sont supprimés pour des motifs budgétaires par l'Assemblée constituante (élue en avril 1848), ce qui conduit à des émeutes populaires en juin 1848.

Devant l’ampleur des troubles, Cavaignac est investi par l'Assemblée des pleins pouvoirs pour rétablir l’ordre de manière brutale. Les idéaux de la révolution de 1848 sont étouffés. Lamartine perd de son aura...

Les premières élections présidentielles de notre histoire s'ouvrent le 10 décembre 1848 dans ce contexte précis.

Retrouvons notre poète en première ligne puisqu'il est candidat comme notamment Cavaignac et Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l'illustre homme d'Etat.

La sanction des urnes est implacable ainsi que le montre l'extrait d'aujourd'hui qui dresse un portrait implacable du député-poète ! http://www.assembleenationale.fr/histoire/lamartine/discours.asp#P0_0)

Lamartine ou le fossé entre la politique et la lyre...

***

« En quinze jours, M. de Lamartine passa pour le sauveur de la France. Il avait écarté le drapeau rouge, proclamé l'abolition de la peine de mort, assuré la paix par sou Manifeste. Son noble cœur, sa probité, son magnifique talent, son syncrétisme universel qui lui permettaient de frayer avec les membres les plus exaltés de la réaction et de Ia révolution, tout cela faisait de lui un être à part, un demi-dieu. Tout le monde espérait en lui, et il ne décourageait personne, heureux, naïvement heureux, comme un poète applaudi, et trop bon pour faire de la peine à quelqu'un. Loyal dans ce rôle impossible, seul, parmi ses collègues, il ne souffrit pas qu'on arrêtat M. Blanqui.

Cet homme était un mirage. Dupe de lui-même, d'ailleurs, il partageait l'erreur qu'il propageait, se préparant à lui-même et à la République le plus triste réveil.

Tout alla bien jusqu'aux élections.

C'est même alors que la reconnaissance du pays envers M. de Lamartine se manifesta au grand jour. Dix départements se disputèrent l'honneur de l'envoyer à l'Assemblée nationale et lui donnèrent leurs suffrages.

(...)

Jamais homme ne fut en aussi peu de temps précipité du faîte de la popularité dans l'indifférence et dans l'oubli. Aux élections pour la présidence de la République, M. de Lamartine, qui avait jadis obtenu plus d'un million de suffrages, retrouva seulement une quinzaine de mille voix.

La réaction ayant tiré de lui tout ce qu'elle en pouvait tirer, l'abandonnait. Les républicains, s'apercevant de son impuissance politique, déploraient leur erreur. L'opinion se retirait de ce héros d'un jour. L'Assemblée nationale n'écoutait même plus ses longs discours. Sa parole vide, impuissante, tombait dans des oreilles ennuyées. Ses propres illusions s'éteignaient les unes après les autres, comme les cierges du temple sous la main vulgaire du sacristain, après la messe. Il restait nul, isolé, découragé, enveloppé de ténèbres; il assistait vivant aux funérailles de sa propre gloire, parmi les derniers jours de cette république qu'il avait acclamée, et qui, elle aussi, s'en allait au cimetière.

Quel songe amer, quelle funeste fin, cette fin sans grandeurs, sans tempête, sans incidents tragiques, sans quelqu'une de ces adversités dans lesquelles on sent l'impitoyable main du destin et qui ennoblissent l'infortune! »

Portrait de Lamartine par Hippolyte Castille

http://books.google.fr/books?id=zWUNAQAAIAAJ&pg=RA4-PA49&dq=portrait+de+Lamartine+par+Hippolyte+de+Castille&output=text

Repères : thème du pouvoir : le coup d'état (Hugo)

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flora 13/01/2012 17:10


"Sic transit gloria mundi"...

Litteratus 13/01/2012 21:56



Terrible !