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Gazette littéraire

Le sport, une question d’hygiène (Andreïev)

Repères : thème du sport : vers et prose

 

 Une hygiène de vie : le sport

De l'entretien du corps

Il a été indiqué dans l’article précédent que le sport participait au besoin naturel de liberté du corps. L’enfance rime notamment avec ce besoin vital de s’ébrouer. On s’aperçoit aussi –avec l’âge- que le sport relève aussi d’une hygiène de vie. Une activité physique permet en effet de ne pas tomber malade.

Dans l’extrait qui vous est proposé, vous constaterez la nécessité de s’entretenir pour éviter l’engourdissement et la …mort.

***

"Après l’arrestation, Serge eut un moment de tristesse ; le plan avait été mal combiné. Mais il se dit : "Maintenant, il y a quelque chose d’autre qu’il faut bien faire : c’est mourir". Et sa gaieté revint. Dès le second jour qu’il passa à la forteresse, il se mit à la gymnastique, d’après le système extrêmement rationnel d’un Allemand nommé Muller, qui l’intéressait beaucoup. Il se déshabilla complètement ; et à l’ébahissement de la sentinelle inquiète, il fit soigneusement les dix-huit exercices prescrits.

Comme propagateur du système Muller, il était très satisfait de voir le soldat suivre ses mouvements. Bien qu’il sût qu’on ne lui répondrait pas, il dit à l’œil qui apparaissait au guichet :

— Voilà qui fait du bien, frère, ça vous donne des forces ! Voilà ce qu’on devrait vous faire faire au régiment, ajouta-t-il d’une voix persuasive et douce, pour ne pas effrayer le soldat, sans se douter que celui-ci le prenait pour un fou.

La peur de la mort se manifesta en lui progressivement, comme par chocs : il lui semblait que quelqu’un lui donnait d’en bas de violents coups de poing au cœur. Puis la sensation disparaissait pour revenir au bout de quelques heures, et chaque fois, elle devenait plus intense et plus prolongée. Elle commençait déjà à prendre les contours vagues d’une angoisse insupportable

— Est-il possible que j’aie peur ! pensa Serge avec étonnement. Quelle bêtise !

Ce n’était pas lui qui avait peur, c’était son jeune corps, robuste et vigoureux que ni la gymnastique de Muller, ni les douches froides ne parvenaient à tromper. Plus il devenait fort et frais après les ablutions d’eau froide, plus la sensation de peur éphémère devenait aiguë et insupportable Et c’était le matin, après le sommeil profond et les exercices physiques que cette peur atroce, comme étrangère, apparaissait, juste au moment où naguère il avait tout particulièrement conscience de sa force et de sa joie de vivre Il s’en aperçut et se dit :

— Tu es bête, mon ami. Pour que le corps meure plus facilement, il faut l’affaiblir et non pas le fortifier.

Il renonça dès lors à la gymnastique et aux massages. Et pour expliquer cette volte-face, il cria au soldat :

— Frère, la méthode est bonne. C’est seulement pour ceux qu’on va pendre qu’elle ne vaut rien."

Les sept pendus, Andreïev (chap 8)

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Sept_Pendus/VIII

Repères à suivre : nécessité d’un entraînement (Barbey d’Aurevilly)

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