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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le sens de la fête : le temps de bombance (Raoul Ponchon )


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La fête peut revêtir aussi la forme des plaisirs de la table.

Pour certains, il  s'agit d'un repas amélioré, pour d'autres, la célébration des fêtes rime avec ripaille, bombance.

Lisez avec curiosité et une pointe d'effarement les vers "gourmands" de Raoul Ponchon.

Le c œur au bord des lèvres ? un peu...

***

Vers de Noël

 

À Raoul Ponchon.

 

Au diable la poésie,

Mon ami Ponchon,

Mangeons avec frénésie

Du rose cochon.


Est-ce que Noël, poète,

Ô fleur des couyons,

N’est pas la plus belle fête,

Dis ? que nous ayons ?

En se montrant sur la paille

Tel un fin jambon,

Jésus dit : « Faites ripaille,

Le moment est bon.


Seigneurs ou pauvre canaille,

En ce jour divin

Mangez de la cochonnaille

Et buvez du vin :


Le vin réchauffe et l’eau mouille. »

Il dit, et soudain

Des kilomètres d’andouille

Et de noir boudin


— Ainsi fait la folle vigne —

Fleurissent partout.

O spectacle vraiment digne,

Consolant surtout !


Du salon jusqu’à l’office,

En chaque maison

Ce n’est que de la saucisse

Et du saucisson.(...)


Par la papale fressure !

Avec — (ça c’est beau !)

Du cochon, je vous assure,

Certains font du veau.


À cette époque de joie

Que nous célébrons,

On voit d’elle-même l’oie

Chier des marrons.


La dinde, sombre tartuffe

Ordinairement,

Court au-devant de la truffe

Fer de cet aimant ! —

Les bouteilles toutes seules

Montent l’escalier,

Ivres de rincer nos gueules

Et notre gosier.


Les rouges rôtisseries

Flambent ; le mois d’août

N’a pas plus de pierreries.

C’est beau comme tout.


Les huîtres — moules du riche —

Jusqu’à cette nuit

Dans le sein de la bourriche

Ont bâillé d’ennui.


Huîtres, ne pleurez pas, folles

Que vous êtes, car

Vous ferez des cabrioles

Ce soir, sur le tard !


De la cave à la cuisine

Je vois tout en l’air,

Les jambes de ma cousine

Tout d’abord, c’est clair.


Ah! s’il ne faut que bien boire

Et que bien manger

Pour complaire au dieu de gloire,

Je vais y songer.


Pour l’instant je n’ai pas — diable !

Le moindre appétit,

Mais l’appétit vient à table

Petit à petit.


Je veux que ce soir ma bouche

Fatigue ma main.

À Noël je ne me couche

Que le lendemain.

 

La Muse Gaillarde, Raoul Ponchon (1848-1937)

 

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Pascal Girard 21/12/2010 23:28



Il est pas terrible celui-la, si ? Je connaissais pas ... a+ Lit



Litteratus 22/12/2010 11:50



Je le trouvais intéressant au contraire par l'énormité de cet appétit !



lyly 20/12/2010 07:51



Bonjour L


Il faut être bien goulu pour écrire de la sorte !


Ce poème est vraiment très imagé, on est loin des mots et des mets subtils !


Belle journée, bises, Lyly



Litteratus 20/12/2010 12:51



On est proche de l'indigestion !



flora 19/12/2010 21:27



Je crois qu'on n'a plus la même santé pour "ripailler" : pensaient-ils à l'époque au cholestérol ou simplement, ça n'existait pas...



Litteratus 20/12/2010 12:49



ni même l'envie devant ces mets à profusion...



lizagrèce 19/12/2010 17:13



Je ne connaissais pas ce Raoul Ponchon mais j'aime bien ...



Litteratus 20/12/2010 12:46



Une heureuse découverte donc !