Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le sacrifice d'une sœur (Antigone)

Le sacrifice d'une sœur (Antigone)
 

Le culte de la famille

(Repères : le thème de la fratrie : introduction)

Nous avons vu précédemment la solidarité familiale entre membres d'une même fratrie. Poussons ensemble cette relation jusqu'à son paroxysme.

Précisons que les relations au sein de la fratrie peuvent à cet égard être extrêmement fortes ; les liens entre frères et sœurs peuvent même conduire à un culte ou à un sacrifice.

Quel meilleur exemple que celui d'Antigone de Sophocle dans la littérature.

Précisons l'intrigue : les deux frères d'Antigone se sont entretués et seul l'un des deux est appelé à connaître une sépulture décente, l'autre étant voué à l'abandon, son corps restant livré "Au détour d'un sentier une charogne infâme" (Baudelaire). Le roi Créon en a effectivement décidé de la sorte. Cet ordre impératif touchant le second des frères sera contesté par Antigone qui cherche à entraîner sa sœur. Le respect dû à son frère l'oblige à transgresser l'interdit du roi Créon au péril de sa vie...

Le sacrifice d'une soeur...

***

"ANTIGONÈ.

Kréôn n’a-t-il pas décrété les honneurs de la sépulture pour l’un de nos frères, en les refusant indignement à l’autre ? On dit qu’il a enfermé Étéoklès dans la terre, pour qu’il fût honoré des morts ; mais il a défendu aux citoyens de mettre au tombeau le misérable cadavre de Polyneikès mort et de le pleurer. Et on doit le livrer, non enseveli, non pleuré, en proie aux oiseaux carnassiers à qui cette pâture est agréable. On dit que le bon Kréôn a décrété cela pour toi et pour moi, certes, pour moi, et qu’il va venir ici afin de l’annoncer hautement à ceux qui l’ignorent. Et il ne pense point que ce soit une chose vaine. Celui qui agira contre ce décret devra être écrasé de pierres par le peuple, dans la ville. Voilà ce qui te menace, et tu montreras avant peu si tu es bien née ou si tu es la fille lâche de pères irréprochables.

ISMÈNÈ.

Ô malheureuse ! si la chose est telle, à quoi me résoudre ?

ANTIGONÈ.

Vois si tu veux agir avec moi et m’aider !

ISMÈNÈ.

Que médites-tu ? Quelle est ta pensée ?

ANTIGONÈ.

Veux-tu enlever le cadavre avec moi ?

ISMÈNÈ.

Penses-tu à l’ensevelir, quand cela est défendu aux citoyens ?

ANTIGONÈ.

Certes, j’ensevelirai mon frère qui est le tien, si tu ne le veux pas. Jamais on ne m’accusera de trahison."

 

Antigone, Sophocle, traduction Leconte de Lisle

http://fr.wikisource.org/wiki/Antigone

 

Repères à suivre : introduction : le deuil du frère

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article