Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L'interdépendance dans la fratrie (Austen)

L'interdépendance dans la fratrie (Austen)

 

Un déshonneur collectif

(Repères : thème de la fratrie : introduction)

La fratrie fait naître une histoire familiale commune riche de moments passés ensemble et ainsi de souvenirs. Puis de nos jours, chacun part de son côté vivre sa propre vie. Mais reportons-nous deux siècles en arrière, à cette époque où les liens familiaux étaient plus étroits, voire même interdépendants.

Qu'en est-il lorsque l'avenir de tous dépend de la moralité d'un de ses membres ? 

Repartons au XIXème siècle en Angleterre et plaçons-nous dans le cercle étroit de la famille Bennett, chère à Jane Austen.

Le déshonneur causé par l'attitude scandaleuse de la cadette Lydia qui s'est enfuie sans être mariée avec un homme, entache la réputation de toutes ses autres sœurs, appelées à en payer le prix fort. Pour elles, la sanction ultime consiste en effet à rester célibataires pour toujours.

Ce n'est qu'in extremis que le mariage sera célébré pour faire cesser les rumeurs et surtout le rejaillissement de la honte sur toute la famille.

L'extrait d'aujourd'hui ramène Lydia et son mari au sein de la famille : la nouvelle mariée totalement sotte ne se rend pas compte de l'embarras qu'elle a pu causer...

Portrait d'une authentique écervelée

***

« Se peut-il, s’écria-t-elle, que trois mois se soient écoulés, depuis mon départ pour Brighton ? En vérité, il me semble qu’il y a à peine huit jours que je vous ai quittés ; cependant bien des choses se sont passées depuis. Ciel ! qui aurait dit que je serais mariée avant mon retour ? Je n’en avait nulle idée ; néanmoins, je pensais que si cela se pouvait faire, ce serait une chose bien singulière. »

Son père leva les yeux au ciel, Hélen était au supplice ; Élisabeth regarda Lydia d’une manière très expressive, mais elle qui ne voyait et ne comprenait jamais ce qu’elle ne voulait point apercevoir, continua gaiement :

« Oh maman, nos voisins savent-ils que je me suis mariée aujourd’hui ? Je craignais qu’ils ne l’ignorassent, aussi, dans la route, quand nous avons rencontré William Goulding en phaéton, j’ai baissé la glace de la voiture, et ayant ôté mon gant, je lui ai montré ma bague ; j’espère qu’il m’a comprise. »

Élisabeth n’en put écouter davantage, elle quitta le salon, et ne revint que lorsqu’elle les entendit passer dans la salle à manger ; mais alors, elle les joignit encore assez tôt pour voir Lydia se placer d’un air triomphant à la droite de Mme Bennet, et l’entendre dire à sa sœur aînée :

« Ah ! Hélen je prends votre place maintenant ; il faut que vous me cédiez vos droits, je suis une femme mariée. »

Il n’était pas à présumer que le temps pût donner à Lydia cet embarras, cette timidité qu’elle avait si peu éprouvés dès les premiers moments ; son aisance, sa belle humeur ne firent que croître au contraire ; elle mourait d’envie de voir Mme Philips, les Lucas, et tous leurs autres voisins, de s’entendre appeler Mme Wickham par chacun d’eux, et en attendant, elle fut, aussitôt après le dîner, montrer sa bague et se vanter d’être mariée à mistress Hills et aux deux femmes de chambre.

« Eh bien ! maman, dit-elle, lorsqu’elles furent toutes revenues au salon, que pensez-vous de mon mari ? N’est-il pas un charmant homme ? Je suis sûre que mes sœurs me portent envie ; je leur souhaite seulement la moitié de ma bonne fortune ; mais il faut qu’elles aillent à Brighton, voilà vraiment l’endroit pour trouver des maris ; quel dommage, maman, que nous n’y soyons pas tous allés !"

 

Orgueil et prévention, Jane Austen (chapitre 51)

http://fr.wikisource.org/wiki/Orgueil_et_Pr%C3%A9vention/51

 

Repères à suivre : introduction : la solidarité familiale (Perrault)

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

lizagrèce 07/05/2012 21:13


Plus que de la moralité c'était de la rigidité

Litteratus 09/05/2012 16:00



Rigidité en effet, mais le plus effrayant est de voir le déshonneur supposé étendu à toute la famille...



lizagrèce 07/05/2012 15:21


Plus que les fratrie le patriarcat était la loi et l'avenir des filles ne résidaient que dans le mariage. heureusement que les temps ont changé !


http://maisondeliza.over-blog.fr

Litteratus 07/05/2012 19:52



Tu as raison, en plus de tout cela, la moralité familiale jouait un grand rôle...