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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le masque de la tromperie (Barbey d'Aurevilly)

 

Le masque de la tromperie (Barbey d'Aurevilly)

 

 

 

De l'art de la dissimulation

(Repères : thème de l'illusion : présentation)

 

Après avoir vu la maxime générale de La Rochefoucauld sur l'illusion orchestrée par la part sombre de l'homme, voyons ensemble la traduction pratique de cet art de la dissimulation au travers d'une nouvelle fameuse de Barbey d'Aurevilly.


Il vous est proposé dans l'extrait ci-après de découvrir que la dissimulation suscite bien de la curiosité. En l'espèce,  Hauteclaire Stassin reste volontairement  invisible aux yeux de tous, ce qui a pour effet de fasciner à l'excès tout un pays.

 

L'illusion peut conduire ainsi à la dissimulation, laquelle se révèle un art. Que dire lorsque cet  "art" la  conduira au crime ?

***

 

« et c’est dans ces rencontres que je pus surtout juger de l’intérêt, prodigieusement enflammé, que cette grande jeune fille, si hâtivement développée, excitait dans les autres jeunes filles du pays. J’étais toujours, par voies et chemins en ce temps-là, et je m’y croisais fréquemment avec les voitures de leurs parents, allant en visite, avec elles, à tous les châteaux d’alentour. Eh bien, vous ne pourrez jamais vous figurer avec quelle avidité, et même avec quelle imprudence, je les voyais se pencher et se précipiter aux portières dès que Mlle Hauteclaire Stassin apparaissait, trottant ou galopant dans la perspective d’une route, brodequin à botte avec son père. Seulement, c’était à peu près inutile ; le lendemain, c’étaient presque toujours des déceptions et des regrets qu’elles m’exprimaient dans mes visites du matin à leurs mères, car elles n’avaient jamais bien vu que la tournure de cette fille, faite pour l’amazone, et qui la portait comme vous - qui venez de la voir - pouvez le supposer, mais dont le visage était toujours plus ou moins caché dans un voile gros bleu trop épais. Mlle Hauteclaire Stassin n’était guère connue que des hommes de la ville de V… Toute la journée le fleuret à la main, et la figure sous les mailles de son masque d’armes qu’elle n’ôtait pas beaucoup pour eux, elle ne sortait guère de la salle de son père, qui commençait à s’enrudir et qu’elle remplaçait souvent pour la leçon. Elle se montrait très rarement dans la rue, — et les femmes comme il faut ne pouvaient la voir que là, ou encore le dimanche à la messe ; mais, le dimanche à la messe, comme dans la rue, elle était presque aussi masquée que dans la salle de son père, la dentelle de son voile noir étant encore plus sombre et plus serrée que les mailles de son masque de fer. Y avait-il de l’affectation dans cette manière de se montrer ou de se cacher, qui excitait les imaginations curieuses ?… Cela était bien possible ; mais qui le savait ? qui pouvait le dire ? Et cette jeune fille, qui continuait le masque par le voile, n’était-elle pas encore plus impénétrable de caractère que de visage, comme la suite ne l’a que trop prouvé ?"


Le bonheur dans le crime, extrait du recueil Les Diaboliques, Barbey d'Aurevilly

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Diaboliques/Le_bonheur_dans_le_crime

 

Repères à suivre : la chimère (Nerval)

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