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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le jugement d'auteurs sur un de leurs prédécesseurs (Montaigne)

 

Le jugement d'auteurs sur leurs prédécesseurs

 

Références textuelles
(Repères :
thème de l'héritage : présentation)

 

Quittons la controverse des Anciens et des Modernes pour découvrir dans les articles à venir une autre forme d'héritage littéraire.

Il s'agit de mettre en avant des références textuelles à des ouvrages illustres. Lorsqu'un auteur évoque un de ses prédécesseurs pour en dire du bien ou pour le critiquer.

Il vous est proposé de lire un extrait des Essais de Montaigne, œuvre magnifique qui a marqué de manière intense l'histoire de la Littérature.

Puis, vous pourrez découvrir les critiques ou les louanges sur cet ouvrage émanant de ses successeurs...

***

"Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi.

Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au physique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité.

Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance.

Sur ce, à la grâce de Dieu.

À Montaigne, ce 1er mars 1580."

Essais, Montaigne

http://fr.wikisource.org/wiki/Essais/%C3%A9dition_Michaud,_1907/Au_lecteur


***

"Le sot projet qu'il a de se peindre ! et cela non pas en passant et contre ses maximes, comme il arrive à tout le monde de faillir, mais par ses propres maximes, et par un dessein premier et principal. Car de dire des sottises par hasard, c'est un mal ordinaire; mais d'en dire par dessein, c'est ce qui n'est pas supportable. (...) Ce que Montaigne a de bon ne peut être acquis que difficilement. Ce qu'il a de mauvis, j'entends hors les moeurs, pût être corrigé en un moment, si on l'eût averti qu'il faisait trop d'histoires et qu'il parlait trop de soi." (Pascal, Pensées, 1670, éd. Brunschvig, II, 62-65)

***

 

 " Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement comme il l'a fait; car il a peint la nature humaine. Si Nicole et Malebranche avaient toujours parlé d'eux-mêmes, ils n'auraient pas réussi. Mais un gentilhomme campagnard du temps de Henri III, qui est savant dans un temps d'ignorance, philosophe parmi les fanatiques, et qui peint sous son nom mes faiblesses et mes folies, est un homme qui sera toujours aimé." (Voltaire, Lettres philosophiques, XXV, "Sur les pensées de Monsieur de Pascal", 1734)

***

« Je fais la même entreprise que Montaigne, mais avec un but tout contraire au sien : car il n’écrivait ses Essais que pour les autres, et je n’écris mes rêveries que pour moi. Si dans mes plus vieux jours, aux approches du départ, je reste, comme je l’espère, dans la même disposition où je suis, leur lecture me rappellera la douceur que je goûte à les écrire, et faisant renaître ainsi pour moi le temps passé, doublera pour ainsi dire mon existence. En dépit des hommes je saurai goûter encore le charme de la société, et je vivrai décrépit avec moi dans un autre âge, comme je vivrais avec un moins vieux ami. »

(Les rêveries d'un promeneur solitaire, Rousseau)

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_R%C3%AAveries_du_promeneur_solitaire/Premi%C3%A8re_Promenade

Repères à suivre :  présentation :  l'influence de la princesse de Clèves
 

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lizagrèce 14/09/2012 21:51


Tout l'été il y a eu une execllente émission littéraire sur France Inter en début d'après-midi avec des textes lus par Daniel Mesguich un vrai régal !


http://maisondeliza.over-blog.fr


http://lizathnes.canalblog.com

Litteratus 15/09/2012 20:06



Je l'ai ratée....



flora 14/09/2012 15:36


Les réflexions des autres parlent autant de Montaigne que d'eux-mêmes...


Admirable Montaigne... Et l'envie des écrivains de se prendre pour sujet.

Litteratus 15/09/2012 20:00



Un précurseur !