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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le journal d'un écrivain, entre révélations et émotion (10)

Le journal d'Hélène Berr prend une tournure plus personnelle puisqu'il rend compte du sentiment qui l'unit à son fiancé qu'elle ne reverra plus...

 

Les deux parties du journal d'Hélène Berr

 

(repères : thème du journal :  l'étude)

Précédemment, il a été indiqué l'apport de ce journal sur le plan littéraire et historique.

Amour

Le carnet prend aussi une tournure plus personnelle puisqu'il rend compte du sentiment profond qui l'unit à son fiancé Jean, parti combattre à Londres :

« Il y a deux parties dans ce journal, je m'en aperçois en relisant le début : il y a la partie que j'écris par devoir, pour conserver des souvenirs de ce qui devra être raconté, et il y a celle qui est écrite pour Jean, pour moi et pour lui ». (27 octobre 1943)

Ce document se révèle donc à ce titre si précieux à ses yeux qu'elle le confie à Andrée, cuisinière de la famille Berr, avec l'obligation de le remettre à son fiancé, en cas de … disparition.

Le rapport qu'elle entretient avec la mort est omniprésent et légitimement complexe. Ses confessions sont à cet égard bouleversantes de lucidité et de courage... :

« J'ai dit que je n'avais pas peur. Pourtant, je me demande si ce n'est pas ignorance, ignorance des souffrances qu'il y aura à endurer, ignorance de mon pouvoir de résistance. » (13 décembre 1943)

Littérature

La lecture de ce journal montre aussi combien la littérature lui permet de s'évader mais surtout de s'interroger sur le sens de la vie qu'elle mène durant ces heures terribles : elle fait notamment référence à :

(...) la main vivante chaude, et capable/ d'étreindre passionnément, viendrait si elle était raidie/ Et emprisonnée au silence glacial du tombeau

(du poète Keats -27 octobre 1943).

Au décès de sa grand-mère, elle s'interroge sur l'existence d'une vie après la mort :

« Le seul être humain qui ait eu raison est Hamlet dans son monologue To be or not to be » (30 novembre 1943).

Un sentiment d'incompréhension du mal qui ravage les temps est parfaitement exprimé :

« Ce matin, je lisais Shelley, et sa défense de la poésie ; hier soir, un dialogue de Platon traduit par lui. Quel désespoir de penser que tout cela, tous ces magnifiques résultats de polissure, d'humanisation, toute cette intelligence et cette largeur de vues sont morts aujourd'hui. » (24 novembre 1943) 

Il n'y a rien à ajouter à un tel constat....

La publication d'une telle œuvre en 2008, traduite en vingt-six langues, rend désormais justice à cet écrivain au destin fauché et nous la rend présente.

repère à suivre : la synthèse de l'étude

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lizagrèce 26/09/2010 21:50



Encore un livre que je dois lire ...



Litteratus 27/09/2010 18:24



et faire lire...



flora 26/09/2010 10:02



La proximité avec la mort approfondit les réflexions. Parfois, on peut envisager d'y échapper. parfois, la certitude de devoir y faire face bientôt change tout de couleur et de profondeur...



Litteratus 26/09/2010 11:15



Une telle expérience dépouille l'être de tout artifice même littéraire...