Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Gazette littéraire

Le jaillissement du bonheur conjugal (Alain-Fournier)

 

tableau

Repères : thème du mariage : présentation

Lorsque le bonheur rayonne

Les hésitations de dernières minutes ont enfin fait place à la résolution. Le mariage peut avoir lieu. Celui-ci a permis à deux êtres de s'unir devant les hommes.

Découvrons aujourd'hui la célébration du bonheur conjugal qui rayonne de ses feux. Qu'est-ce que cette joie si pure ? C'est bien celle qui réside dans ce face à face parfait...

Dans l'extrait du jour, ce bonheur paraît complet et pourtant si fragile...

***

 

"Dans le salon des Sablonnières, dès le début de l’après-midi, Meaulnes et sa femme, que j’appelle encore Mlle de Galais, sont restés complètement seuls. Tous les invités partis, le vieux M. de Galais a ouvert la porte, laissant une seconde le grand vent pénétrer dans la maison et gémir ; puis il s’est dirigé vers le Vieux-Nançais et ne reviendra qu’à l’heure du dîner, pour fermer tout à clef et donner des ordres à la métairie. Aucun bruit du dehors n’arrive plus maintenant jusqu’aux jeunes gens. Il y a tout juste une branche de rosier sans feuilles qui cogne la vitre, du côté de la lande. Comme deux passagers dans un bateau à la dérive, ils sont, dans le grand vent d’hiver, deux amants enfermés avec le bonheur.

— Le feu menace de s’éteindre dit Mlle de Galais, et elle voulut prendre une bûche dans le coffre.

Mais Meaulnes se précipita et plaça lui-même le bois dans le feu.

Puis il prit la main tendue de la jeune fille et ils restèrent là, debout, l’un devant l’autre, étouffés comme par une grande nouvelle qui ne pouvait pas se dire.

Le vent roulait avec le bruit d’une rivière débordée. De temps à autre une goutte d’eau, diagonalement, comme sur la portière d’un train, rayait la vitre.

Alors la jeune fille s’échappa. Elle ouvrit la porte du couloir et disparut avec un sourire mystérieux. Un instant, dans la demi-obscurité, Augustin resta seul… Le tic tac d’une petite pendule faisait penser à la salle à manger de Sainte-Agathe… Il songea sans doute : « C’est donc ici la maison tant cherchée, le couloir jadis plein de chuchotements et de passages étranges…

C’est à ce moment qu’il dut entendre — Mlle de Galais me dit plus tard l’avoir entendu aussi — le premier cri de Frantz, tout près de la maison."

 

Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Le_Grand_Meaulnes.djvu/274

 

repères à suivre : présentation : le voyage de noce (Maupassant)

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

flora 11/04/2013 00:46


Ö combien plus difficile de peindre le bonheur parfait que de peindre le malheur!...

Litteratus 22/04/2013 20:58



Vous avez tellement raison !