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Gazette littéraire

Le feuilleton (1) : la précocité d'un enfant

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Repères : hors-série : le feuilleton : la fin d'un mythe

 

En ce 5 décembre 2011, Nathan Frémont écoutait avec son beau regard d'enfant candide la leçon de Mademoiselle Lang.

Âgé de cinq ans, la chevelure châtain clair, épaisse, coupée court, ses yeux en amande bleu saphir réhaussé de cils noirs très longs, l'élève s'abîmait dans l'attention qu'il prêtait au sujet évoqué par la maîtresse. Le contraste était frappant, alors qu'il restait bien droit adossé sur sa chaise, les autres enfants à côté de lui, se tortillaient, baillant un peu ou ricanant d'un rien. Studieux, Nathan accordait, lui, à l'école une attention soutenue. Il aimait ainsi toutes les matières dispensées que ce soit  les activités de réflexion ou de découverte ou les activités physiques. Il leur prêtait le même intérêt, toujours vif. Silencieux et calme, il ne posait des questions qu'à bon escient quand d'autres levaient le doigt pour dire des bêtises ou pour "crâner". Il formulait son interrogation d'une fulgurante intelligence qui ne lassait pas Mademoiselle Lang ; cette dernière avait juste cessé de s'en étonner depuis le premier mois d'école.  Elle savait qu'elle rencontrerait une fois dans sa vie des enfants d'une exceptionnelle précocité. Elle semblait l'avoir trouvé dans sa propre classe de maternelle au cours de cette année. Consciente de cette chance et de sa responsabilité, elle essayait d'étancher la soif insatiable de connaissances de cet enfant, tout en essayant de capter l'attention volatile de ses autres élèves. Par ailleurs, loin de regarder Nathan avec animosité et jalousie, les autres enfants considéraient Nathan comme un être différent certes mais, au delà de cette particularité, il demeurait un petit garçon gentil "prêtant" volontiers son goûter. Ces amitiés-là n'ont pas de prix. Il n'existait pas de motifs de détestation de ce petit génie en culotte courte. Un enfant parfait.

 

En ce jour-là, Mademoiselle Lang sensibilisa les enfants à la défense de l'environnement. Qu'est-ce qui pollue la planète ? demanda la maîtresse. Des réponses fusèrent. Les élèves évoquèrent les gaz s'échappant des voitures, les déchets laissés ça et là, le plastique qui ne se dégrade pas, la liste était longue. Nathan comprit  intuitivement l'étendue de la pollution. Son âme d'enfant se serra douloureusement. Nathan qui aimait les promenades en forêt avec ses parents se sentit terriblement concerné par cette situation inique. Il se fit expliquer par le menu et, pour une fois, les enfants de sa classe s'associèrent à ses longs questionnements. Soudainement, il voulut passer à l'action là où ses comparses étaient encore à définir les désordres affectant l'écosystème. Il fit basculer la conversation sur les moyens de faire cesser ces atteintes à l'environnement. La maîtresse essaya bien de donner des vagues réponses, insuffisantes pour Nathan. Il ne lâcha pas prise avant d'avoir une explication valable.

 

La maîtresse se mit alors à parler de l'empreinte de l'homme comme celle de l'ours laissée dans la neige,  qui détruit non la blancheur de la couverture neigeuse, mais l’atmosphère. L'empreinte carbone. Ce nom savant fut vite retenu par l'enfant qui voulut en savoir davantage. Mademoiselle Lang lui donna les explications dans ses grandes lignes. Elle suait à grosses gouttes devant ce qui ressemblait à un interrogatoire en bonne et due forme. Heureusement, l'heure de la récréation sonna mettant fin à ce débat inédit dans une classe de maternelle. La maîtresse, soulagée, laissa les enfants se détendre. Elle vit Nathan se diriger vers les vélos rangés dans la cour : il marmonnait bien quelque chose. Elle ne savait pas ce qu'il répétait sans cesse. Les mystères de l'enfance sont impénétrables. Si elle l'avait su, elle se serait reprochée d'avoir approfondi la question somme toute trop complexe pour l'entendement de ses élèves. En réalité, Nathan ne parlait pas, il chantait  Petit garçon, il est l'heure d'aller se coucher ! chanson entrecoupée de curieuses paroles de son cru : "Empreinte carbone, empreinte carbone"...

 

 Pour Nathan la question de l'empreinte carbone présentait un caractère d'urgence absolue comme toutes ces choses que l'on vit intensément lorsqu'on n'a que cinq ans. Mais aussi en cette période, la question de Noël faisait aussi partie de ses centres d'intérêt immédiats. D'ailleurs, que recevrait-il du Père Noël dans les prochaines semaines ?

 

Repères à suivre : le feuilleton : tempête autour de l'empreinte carbone

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Michel Cristofol 26/12/2011 09:42


Quand une enseignante se retrouve mal à l'aise devant l'un de ses élèves : un texte qui  nous montre bien les difficultés que peuvent rencontrer les enfants surdoués pour s'insérer dans la
société et qu'il n'est jamais bon de se détâcher de la normalité et de la moyenne d'un ensemble. A suivre...

Litteratus 26/12/2011 19:11



La suite : l'envers du décor...