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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le douloureux deuil d'un frère (Jules Goncourt)

Le douloureux deuil d'un frère (Jules Goncourt)

                                                                     (Cimetière de Montmartre, Paris 18ème)

Le décès de Edmond Goncourt

(Repères : thème de la fratrie : présentation)

La séparation avec un frère ou une sœur est un événement extrêmement douloureux : les souvenirs en commun, les habitudes de vie disparaissent brutalement au profit de la morne solitude.

Que dire lorsque deux frères ont vécu et travaillé ensemble comme les frères Goncourt, Jules et Edmond.

Le premier décède le 20 juin 1870.

La Gazette vous propose de lire deux extraits du journal des frères Goncourt relativement à ce sombre événement : ce sont des passages exceptionnels !

Deux extraits vous sont proposés, l'un au cours duquel, sous le poids du chagrin, Edmond se fait des reproches et querelle la littérature et, l'autre, où il laisse exprimer son trouble devant l'immensité du vide laissé par l'absence de son frère chéri.

Extraits bouleversants !

****

  "10 heures du matin. — Toutes les secondes, je les compte par ces douloureuses aspirations d’une respiration brève, haletante.

L’expression de son visage, sous sa couleur dorée et enfumée, prend avec les minutes, de plus en plus l’expression d’une tête du Vinci ; et dans les traits de sa figure, je retrouve le mystère des yeux et l’énigme de la bouche de ce jeune homme, qui se trouve, dans je ne sais quel vieux et quel noir tableau d’un musée d’Italie.

A cette heure je maudis la littérature. Peut-être, sans moi, se serait-il fait peintre, et doué comme il l’était, il aurait fait son nom, sans s’arracher la cervelle… et il vivrait.

Entre deux êtres qui se sont aimés comme nous, la séparation éternelle, sans la reconnaissance d’une seconde, sans un serrement de main, sans un adieu du mourant au vivant.

Je n’ai voulu ni garde, ni sœur. Les yeux du mourant, s’il lui était accordé un instant de reconnaissance des siens, ne doivent pas rencontrer une figure étrangère.

Ma mère, sur votre lit de mort, vous m’avez mis la main de votre enfant chéri et préféré dans la mienne, en me recommandant cet enfant avec un regard qu’on n’oublie pas, êtes-vous contente de moi ?"

***

"Nuit de samedi (18 juin) à dimanche. (...)

Dire que cette liaison intime et inséparable de vingt-deux ans ; dire que ces jours, ces nuits passés toujours ensemble, depuis la mort de notre mère en 1849, dire que ce long temps, pendant lequel il n’y a eu que deux séparations de vingt-quatre heures ; oui, dire que c’est fini, fini à tout jamais. Je ne l’aurai plus marchant à côté de moi, quand je me promènerai. Je ne l’aurai plus en face de moi, quand je mangerai. Dans mon sommeil, je ne sentirai pas son sommeil dans la chambre à côté. Je n’aurai plus avec mes yeux, ses yeux, pour voir les pays, les tableaux, la vie moderne. Je n’aurai plus son intelligence jumelle, pour dire avant moi ce que j’allais dire ou pour répéter ce que j’étais en train de dire. Dans quelques jours, dans quelques heures va entrer dans ma vie si remplie de cette affection, et qui, je puis le dire, était mon seul et unique bonheur, va entrer l’épouvantable solitude du vieil homme sur la terre."

 

Journal, Goncourt

http://fr.wikisource.org/wiki/Journal_des_Goncourt/III/Ann%C3%A9e_1870

 

Repères à suivre : introduction : les souvenirs d'enfance (Hugo)

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lizagrèce 14/05/2012 21:27


C'est la point de vue de Marcel et malgré tout le respect littéraire que je lui dois je ne suis pas d'accord.


http://maisondeliza.over-blog.fr

Litteratus 17/05/2012 19:41



Iconoclaste !



lizagrèce 11/05/2012 13:53


Et pourtant la littérature est salvatrice et non maudite car elle permet de traduire des émotions


http://maisondeliza.over-blog.fr

Litteratus 14/05/2012 19:41



"le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe l'esprit" (Proust)