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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le début d'une autre guerre (M.Aragnieux)

 

 

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(Le Val de Grâce, Paris)

repères : thème de la guerre : le feuilleton


Résumé : en ce 3 août 1914, Théodore de Lauzun sent son âme se dilater à l'annonce de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. « Les casques à pointe allaient voir ce qu'ils allaient voir ! » Le jeune garçon aspire à embrasser la carrière militaire. Son souhait se réalise. Versé dans l'infanterie, il devient au mois de septembre 1915 le caporal Théodore de Lauzun. Les pleurs de sa mère et l'émotion du père ne découragent pas notre brave soldat tout heureux d'en découdre avec l'ennemi. Après être sorti couvert d'honneur à Verdun, le tout nouveau sous-lieutenant est envoyé au Chemin des Dames. L'offensive Nivelle qui débute le 16 avril 1917 tourne au fiasco. Le jeune homme reçoit un éclat d'obus. La guerre est finie pour lui. Et pourtant, une autre aventure l'attend..

***

L'opération

Un chirurgien de Prouilly put, par chance, s'occuper de Théodore de Lauzun ; à l'examen, son sort fut rapidement scellé. Il n'y avait guère qu'une solution radicale, l'amputation de la jambe. C'est ainsi que le malade fut emmené en salle d'opération où son cas fut réglé sans état d'âme. Il y avait trop de blessés qui arrivaient du front pour que l'on s'apitoie sur lui. Il vivrait, c'était bien l'essentiel quand d'autres attendaient des soins que la désorganisation des services médicaux avaient rendu impossibles à dispenser. L'offensive Nivelle devant être une réussite, l'optimisme de l'état-major n'avait pas prévu une hécatombe humaine d'une telle ampleur. Les chirurgiens furent rapidement débordés par le nombre de blessés. Ils furent conscients de ce qu'ils exerçaient en nombre insuffisant ; les ambulances ne furent pas d'un grand secours. Elles peinaient à arriver. Il était dès lors impossible de répartir ce flot humain en plusieurs secteurs médicaux. Il n'y avait pas assez de lits, le personnel semblait totalement débordé. Les blessés restaient donc dehors sur leur brancard dans l'attente d'un examen médical, rendu au fil des heures, de plus en plus hypothétique. L'offensive Nivelle ne s'arrêtait pas au champ de bataille, elle se poursuivait à l'arrière. On mourait autant à Prouilly que sur le champ de bataille. Triste circonstance ! Chaque heure voyait son lot de blessés arriver de manière inexorable. La situation sanitaire devint au fil des heures terrible, puis les jours suivants, totalement catastrophique...

 

Un drame sanitaire

Pour Théodore, la vive douleur le maintenait la majeure partie du temps dans l'inconscience. Les limbes dans lesquels il était plongé l'empêchaient ainsi d'assister au spectacle de tous ces milliers de blessés laissés à l'abandon. Devant leur nombre arriva enfin l'ordre d'évacuer ; mais on n'était pas à l'aube de jours meilleurs. La désorganisation de l'évacuation devint totalement pathétique. Un premier train partit non avec les blessés les plus sérieux, mais avec des soldats légers. On n'en resta malheureusement pas là. La LEM, la loi des emmerdements maximum dans le jargon militaire, s'abattit sur ces pauvres moribonds. La fatalité fut invoquée pour mieux dissimuler la grave incompétence humaine. Il restait en effet des milliers de mutilés, comme Théodore de Lauzun, à évacuer dans les meilleurs délais. Des trains mirent péniblement plus de vingt-quatre heures à arriver sur place. Puis on assista au départ de convois qui, loin de rejoindre leur destination, furent en véritable déshérence lorsqu'ils ne se trompèrent pas purement et simplement de direction finale. Au lieu de Paris, un convoi partit ainsi pour Bordeaux ; un autre acheva son périple à Cahors. La guerre avait tourné la tête des plus sensés...Certains soldats grièvement blessés moururent d'épuisement et de manque de soins.


L'autre guerre de Théodore de Lauzun

Dans son malheur, Théodore de Lauzun fut embarqué dans un train qui finit par atteindre sa destination, Paris, mais dans un délai qui dépassait l'entendement. Il arriva en effet au bout de quinze heures de voyage. Il ne reçut, durant ce laps de temps, aucune médication ni la moindre goutte d'eau. Le jeune homme ne dut sa survie qu'à sa jeunesse et à sa constitution solide. C'est ainsi qu'il n'oublia jamais l'affront fait à tous ces hommes qui, prêts à donner leur vie, avaient été honteusement dédaignés, une fois blessés. Cette douleur morale ne le quitta plus jamais. Il eut le sentiment d'avoir été gravement trompé...

Il fut reçu à l'hôpital du Val de Grâce à Paris où débuta sa longue convalescence. La guerre était finie pour lui. Une autre commença néanmoins, celle qu'il livra contre tous ceux qui l'avaient mené à devenir, à vingt ans, un mutilé de guerre. (à suivre)

                                                        Marie Aragnieux

 

sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/De_la_Croix_du_Drapeau

http://www.memorial-chemindesdames.fr/pages/batailles_detail.asp?id_bataille=3http://www.chemindesdames.fr/photos_ftp/contenus/Lettre%20CDD%2021%20web.pdf

 

 

repères à suivre : nouveau thème : l'éditorial de février

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