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Gazette littéraire

Le corps à l'approche de la mort (la fin de Socrate)

 

Le corps à l'approche de la mort (la fin de Socrate)

La fin de Socrate

(repères : thème du corps : présentation générale)

 

La fin d'une vie. La Gazette a choisi un texte très important dans l'histoire de la pensée occidentale. Il s'agit de retracer les derniers instants d'un homme extraordinaire : Socrate.

 

Philosophe du 4ème siècle avant Jésus-Christ, il fera l'objet d'un procès en -399 : ses conceptions religieuses et politiques lui ont attiré bien des inimitiés. Il sera condamné pour impitié. La malveillance à son encontre a conduit à sa condamnation à boire de la cigüe (plante toxique).

Il sera toujours conservé dans un coin de la tête de nos chers auteurs cette sentence radicale qui conduira plus d'un à soigner ses écrits, à instaurer un art d'écrire suffisament "habile" pour échapper à la vindicte des puissants...

Dans l'extrait d'aujourd'hui, Socrate emprisonné boit courageusement la coupe contenant le poison et continue à marcher ainsi qu'on le lui a conseillé pour attendre la mort le plus dignement possible...

Une scène poignante !

***

« Cependant Socrate, qui se promenait, dit qu’il sentait ses jambes s’appesantir, et il se coucha sur le dos, comme l’homme l’avait ordonné. En même temps le même homme qui lui avait donné le poison, s’approcha, et après avoir examiné quelque temps ses pieds et ses jambes, il lui serra le pied fortement, et lui demanda s’il le sentait ; il dit que non. Il lui serra ensuite les jambes ; et, portant ses mains plus haut, il nous fit voir que le corps se glaçait et se raidissait ; et, le touchant lui-même, il nous dit que, dès que le froid gagnerait le cœur, alors Socrate nous quitterait. Déjà tout le bas-ventre était glacé. Alors se découvrant, car il était couvert : Criton, dit-il, et ce furent ses dernières paroles, nous devons un coq à Esculape * ; n’oublie pas d’acquitter cette dette.

Cela sera fait, répondit Criton ; mais vois si tu as encore quelque chose à nous dire.

Il ne répondit rien, et un peu de temps après il fît un mouvement convulsif ; alors l’homme le découvrit tout-à-fait : ses regards étaient fixes. Criton, s’en étant aperçu, lui ferma la bouche et les yeux.

Voilà, Échécratès, quelle fut la fin de notre ami, de l’homme, nous pouvons le dire, le meilleur des hommes de ce temps que nous avons connus, le plus sage et le plus juste de tous les hommes. »

Phédon, Platon

http://fr.wikisource.org/wiki/Ph%C3%A9don_%28trad._Cousin%29

* dieu de la médecine

Repères : thème du corps : l'opposition entre le corps et l'esprit

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flora 21/03/2012 11:09


Voilà un exemple: comment mourir dignement, selon les principes que nous avons enseignés... Ce ne sont pas les meilleurs qui seront toujours épargnés.

Litteratus 22/03/2012 11:27



Je dirais même que ce sont les meilleurs qui sont sacrifiés les premiers...