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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le conflit en Algérie (A. Jenni)

Le conflit en Algérie (A. Jenni)

(Repères : thème de la guerre : l'étude)

Il a été évoqué dans le précédent article une rencontre décisive entre deux hommes, Victorien Salagnon, ancien d'Indochine et, le jeune narrateur, dans le roman d'Alexis Jenni, L'art français de la guerre. Un curieux arrangement s'établit alors entre les deux personnages, le plus âgé donne des leçons de peinture tandis que le plus jeune entreprend de narrer la vie du soldat sans trop connaître le résultat. Victorien Salagnon a expérimenté l'art de la guerre dès 1943 ainsi que la guerre d'Indochine. Nous le retrouvons aujourd'hui en Algérie..

***

L'usage de la torture

C'est en sa qualité de parachutiste que le capitaine Victorien Salagnon débarque à Alger pour mettre fin au climat d'insurrection qui règne : « Il était venu à Alger parce qu'on avait décidé à Paris qu'il serait bien que lui et ses pareils soient là. On avait décidé d'employer la force, et personne n'en avait davantage que ces loups hâves entraînés dans la jungle ». (page 519)

 

Les pleins pouvoirs donnés à l'armée conduisent cette dernière à mener au nom de la quête d'informations des actes de torture. Les cadres de l'armée justifient eux-mêmes ce recours à la violence, qualifié de nouveau mode de guerre : « Il ne s'agit plus de sauter en avion, ni de courir dans la forêt, il s'agit de savoir »  (page 504).

A cette fin, Victorien Salagnon récupère les fichiers de police et les parachutistes commencent leur « travail » méthodique à un rythme soutenu : arrestations arbitraires, extorsions de renseignements sous la torture, disparitions...

Cette mission répugne à notre personnage. Il indique à son coreligionnaire qu'il "n'aime pas ça". Il n'en peut plus de tous ces morts. Il sent qu'il aurait dû déjà s'arrêter (page 572).

C'est ainsi qu'il refuse de se ranger du côté des partisans de l'Algérie française. Il obéit et quitte les larmes aux yeux Alger. Il n'y reviendra que pour chercher en plein chaos Eurydice, celle qu'il aime.

 

L'art français de la guerre

Ce titre renvoie à une tentative du narrateur de théoriser le particularisme français en la matière. Il pourrait s'agir de l'art de perdre les guerres coloniales ; il choisit pour illustrer son propos une métaphore évocatrice : « Les guerres menées là-bas nous les menions ainsi, et nous les avons perdues par la pratique de la colonne blindée. Par le blindage, nous nous sentions protégés. Nous avons brutalisé tout le monde ; nous en avons tué beaucoup ; et nous avons perdu les guerres. Toutes. Nous. »  (page 255).

Il faut voir en cette colonne blindée bien plus que l'arme mais la tenue à bonne distance par la France de la population locale à laquelle on n'a pas voulu accorder la liberté et les droits subséquents...

 

Dans le titre de ce roman, il est aussi fait référence à l'art, la seule chose qui a permis en définitive à Victorien Salagnon de survivre à l'horreur qu'il a subie et qu'il a commise : « Peindre sauvait sa vie et son âme.» (page 572).

 

Repères à suivre : l'étude : la synthèse

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