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Publié par Litteratus

 

 

Le bourreau de soi-même (Térence )

 

Repères : thème de soi : présentation 

 

Un père prêt à s'infliger tous les maux

Après le moi rêveur, entrons dans une autre dimension où l'être ne cherche plus le plaisir mais la souffrance. Cette quête est déjà évoquée dans l'Antiquité avec l'Héautontimoruménos de Térence que l'on traduit par le bourreau de soi-même.


Cette volonté de se faire du mal inscrite dans le cœur de l'homme à différentes échelles a plusieurs causes que l'on ne saurait décrire dans ces colonnes. Restons dans le champ littéraire et découvrons ce qui conduit un père à s'infliger tous les maux de la terre...

***

 

"MÉNÉDÈME
Instruit de son départ par ceux qu'il avait mis dans sa confidence, je rentre chez moi navré, bouleversé, éperdu de chagrin. Je tombe sur un siège. Mes esclaves accourent, m'ôtent mes chaussures. J'en vois d'autres qui s'empressent, mettent des coussins aux lits, préparent le dîner. Chacun faisait de son mieux pour adoucir ma peine. Voyant cela, je me pris à penser : « Eh quoi ! tant de gens occupés de moi seul, pour contenter mes seuls désirs ! tant de servantes pour mes vêtements ! Je ferais en ma maison tant de dépenses pour moi seul ! Et mon fils unique, qui devrait jouir de ces biens autant et plus que moi, puisqu'il est plus en âge de les goûter, je l'ai chassé d'ici, le pauvre enfant, par mon injustice. Je me croirais digne de tous les maux, si j'en usais de la sorte. Tant qu'il mènera cette vie de privations, éloigné de son pays par mes rigueurs, aussi longtemps je me punirai moi-même pour le venger : je travaillerai, j'amasserai, j'économiserai, je me dévouerai pour lui. » Et je l'ai fait à la lettre : je n'ai rien laissé dans ma maison, ni meuble, ni étoffe; j'ai tout enlevé. Servantes, esclaves, hormis ceux qui, en travaillant aux champs, pouvaient facilement couvrir leur dépense, je les ai tous menés au marché et vendus, après quoi j'ai mis un écriteau à ma maison. J'ai ramassé par là une quinzaine de talents et j'ai acheté ce domaine où tu me vois peiner. J'ai pensé que mes torts envers mon fils seraient moins grands, Chrémès, si je me condamnais à souffrir, et que je n'avais pas le droit de goûter aucune jouissance, tant qu'il ne serait pas revenu ici pour la partager avec moi.

L'Héautontimoruménos, Térence

http://remacle.org/bloodwolf/comediens/Terence/eautonfr.htm

 

 

repères à suivre : présentation : le désespoir (Baudelaire)

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