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Des jumeaux dans la Littérature

(Repères : thème de la fratrie dans la littérature)


Les relations entre frère et sœur peuvent aussi conduire à établir des liens fusionnels. Le cas de la gémellité s'avère une excellente illustration. On sait qu'un rapport privilégié unit les vrais jumeaux au point d'être déroutant pour les autres et, notamment pour les parents souvent exclus...


La littérature a rendu compte de "l'étrangeté" de cette relation tout à fait particulière. 


Le meilleur exemple est celui tiré de la Petite Fadette de George Sand ; cette dernière, dans l'extrait d'aujourd'hui, s'emploie à nous décrire l'affection sans bornes des deux "bessons", Sylvain et Landry Barbeau.

 

Mais évidemment cette amitié étroite pose des difficultés familiales en dépit des efforts opérés par le Père pour séparer les deux garçonnets.

***

 

"Bonheur ou malheur, cette amitié-là augmentait toujours avec l'âge, et le jour où ils surent raisonner un peu, ces enfants se dirent qu'ils ne pouvaient pas s'amuser avec d'autres enfants quand un des deux ne s'y trouvait pas ; et le père ayant essayé d'en garder un toute la journée avec lui, tandis que l'autre restait avec la mère, tous les deux furent si tristes, si pâles et si lâches au travail, qu'on les crut malades. Et puis quand ils se retrouvèrent le soir, ils s'en allèrent tous deux par les chemins, se tenant par la main et ne voulant plus rentrer, tant ils avaient d'aise d'être ensemble, et aussi parce qu'ils boudaient un peu leurs parents de leur avoir fait ce chagrin-là. On n'essaya plus guère de recommencer, car il faut dire que le père et la mère, mêmement les oncles et les tantes, les frères et les sœurs avaient pour les bessons une amitié qui tournait un peu en faiblesse. Ils en étaient fiers, à force d'en recevoir des compliments, et aussi parce que c'était, de vrai, deux enfants qui n'étaient ni laids, ni sots, ni méchants. De temps en temps, le père Barbeau s'inquiétait bien un peu de ce que deviendrait cette accoutumance d'être toujours ensemble quand ils seraient en âge d'homme, et se remémorant les paroles de la Sagette il essayait de les taquiner pour les rendre jaloux l'un de l'autre. S'ils faisaient une petite faute, il tirait les oreilles de Sylvinet, par exemple, disant à Landry : Pour cette fois, je te pardonne à toi, parce que tu es ordinairement le plus raisonnable. Mais cela consolait Sylvinet d'avoir chaud aux oreilles, de voir qu'on avait épargné son frère, et Landry pleurait comme si c'était lui qui avait reçu la correction. On tenta aussi de donner, à l'un seulement, quelque chose dont tous deux avaient envie ; mais tout aussitôt, si c'était chose bonne à manger, ils partageaient ; ou si c'était toute autre amusette ou épelette à leur usage, ils le mettaient en commun, ou se le donnaient et redonnaient l'un à l'autre, sans distinction du tien et du mien."

 

La petite Fadette, George Sand (ch 2)

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Petite_Fadette#I

 

Repères à suivre : la remontrance d'un frère (Diderot)

Tag(s) : #Vers et prose
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