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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La quête des sens : le toucher (Ovide)

Le thème du toucher dans la littérature nous ramène au plus ancien mythe, celui de Pygmalion, sculpteur et idéaliste dans l'âme. Rien ne lui convient dans la nature humaine, il conçoit alors de donner vie à une création qui prend vie sous ses doigts...

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Repères : thème ses sens : présentation

Dans l'article précédent, nous avons lu un extrait de Montesquieu qu'il a consacré au goût, aujourd'hui, nous nous intéresserons au dernier volet de notre présentation consacré aux sens, le toucher. Nous relirons un passage célèbre d'un auteur de l'Antiquité romaine, Ovide.

Pygmalion

Pygmalion est ce sculpteur idéaliste qui ne trouve pas dans la compagnie des femmes la personne qui lui conviendrait. 

Il ne se laisse pas décourager et se lance alors dans une vaste entreprise de création qui consiste à faire naître sous ses doigts un être de chair et non plus de pierre.

Le toucher nous propose de découvrir des sensations extraordinaires.

Son oeuvre va prendre vie et devenir un objet de désir....

Désir

« Témoin du crime des Propétides, Pygmalion déteste et fuit un sexe enclin par sa nature au vice. Il rejette les lois de l'hymen*, et n'a point de compagne qui partage sa couche.

 Cependant son ciseau forme une statue d'ivoire. Elle représente une femme si belle que nul objet créé ne saurait l'égaler. Bientôt il aime éperdument l'ouvrage de ses mains. C'est une vierge, on la croirait vivante. La pudeur seule semble l'empêcher de se mouvoir : tant sous un art admirable l'art lui-même est caché ! Pygmalion admire; il est épris des charmes qu'il a faits. Souvent il approche ses mains de la statue qu'il adore. Il doute si c'est un corps qui vit, ou l'ouvrage de son ciseau. Il touche, et doute encore. Il donne à la statue des baisers pleins d'amour, et croit que ces baisers lui sont rendus. Il lui parle, l'écoute, la touche légèrement, croit sentir la chair céder sous ses doigts, et tremble en les pressant de blesser ses membres délicats. Tantôt il lui prodigue de tendres caresses; tantôt il lui fait des présents qui flattent la beauté. Il lui donne des coquillages, des pierres brillantes, des oiseaux que couvre un léger duvet, des fleurs aux couleurs variées, des lis, des tablettes, et l'ambre qui naît des pleurs des Héliades. Il se plaît à la parer des plus riches habits. Il orne ses doigts de diamants; il attache à son cou de longs colliers; des perles pendent à ses oreilles; des chaînes d'or serpentent sur son sein. Tout lui sied; mais sans parure elle ne plaît pas moins. Il se place près d'elle sur des tapis de pourpre de Sidon. Il la nomme la fidèle compagne de son lit. Il l'étend mollement sur le duvet le plus léger, comme si des dieux elle eût reçu le sentiment et la vie.

Cependant dans toute l'île de Chypre on célèbre la fête de Vénus. On venait d'immoler à la déesse de blanches génisses dont on avait doré les cornes. L'encens fumait sur ses autels; Pygmalion y porte ses offrandes; et, d'une voix timide, il fait cette prière : "Dieux puissants ! si tout vous est possible, accordez à mes vœux une épouse semblable à ma statue". Il n'ose pour épouse demander sa statue elle-même.

Vénus, présente à cette fête, mais invisible aux mortels, connaît ce que Pygmalion désire, et pour présage heureux que le vœu qu'il forme va être exaucé, trois fois la flamme brille sur l'autel, et trois fois en flèche rapide elle s'élance dans les airs.

 Pygmalion retourne soudain auprès de sa statue. Il se place près d'elle; il l'embrasse, et croit sur ses lèvres respirer une douce haleine. Il interroge encore cette bouche qu'il idolâtre. Sous sa main fléchit l'ivoire de son sein. Telle, par le soleil amollie, ou pressée sous les doigts de l'ouvrier, la cire prend la forme qu'on veut lui donner.

Tandis qu'il s'étonne; que, timide, il jouit, et craint de se tromper, il veut s'assurer encore si ses vœux sont exaucés. Ce n'est plus une illusion : c'est un corps qui respire, et dont les veines s'enflent mollement sous ses doigts.

 Il rend grâces à Vénus. Sa bouche ne presse plus une bouche insensible. Ses baisers sont sentis. La statue animée rougit, ouvre les yeux, et voit en même temps le ciel et son amant. La déesse préside à leur hymen; il était son ouvrage. Quand la lune eut rempli neuf fois son croissant, Paphus naquit de l'union de ces nouveaux époux; et c'est de Paphus que Chypre a reçu le nom de Paphos. »

Les métamorphoses, Pygmalion (X, 243-297), Ovide, traduction adaptée Villenave 1806,

source : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/meta/10.htm

* hymen : mariage

repère à suivre : le toucher (Rostand)

 

 

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Commenter cet article

Cat 16/08/2010 11:49



Un rêve d'artiste! Quel tordu tout de même cet Ovide! lol



Litteratus 19/08/2010 10:06



On n'est jamais mieux servi que par soi-même !



lizagrèce 15/08/2010 22:22



Les fêtes de Vénus étaient plus sensuelles que les fêtes de l'Assomption ...



Litteratus 19/08/2010 10:04



deux registres différents...



Pascal 15/08/2010 18:07



Sacré Pygmalion, il en aura causé du souci a ses parents ! Mais moins que le petit Oedipe cependant ... a+ Lit



Litteratus 19/08/2010 09:57



Tu es un expert en mythologie !