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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Trois aveugles dans un fabliau du Moyen-Âge

  

Le thème de la vue dans la littérature est aussi traitée dans les fabliaux, courts récits humoristiques du Moyen-Âge comme dans l'histoire des trois aveugles dont on se moque allègrement.

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Repères : thème ses sens : présentation

Dans l'article précédent, nous avons évoqué le sens de la vue au travers d'un poème célèbre de Ronsard, aujourd'hui le même sens sera convoqué avec un fabliau.

Fabliau

C'est une courte histoire pour la plupart du temps anonyme du Moyen-Âge. Elle est destinée à divertir les spectateurs avec une fonction moralisatrice. La vue trouve à être objet de récit dans l'histoire des trois aveugles que vous pourrez découvrir.

Comment considère-t-on les aveugles à la lecture de ce texte ?

Par dérision avec un fond de cruauté en vérité.

Relisons l'histoire de ce jeune homme lettré qui veut éprouver trois non-voyants, pauvres hères errant justement sur la route : les éléments de la mauvaise farce sont réunis.

Cruauté

« Trois aveugles étaient partis de Compiègne pour quêter dans le voisinage. Ils suivaient le chemin de Senlis, et marchaient à grands pas, chacun une tasse et un bâton à la main. Un jeune clerc fort bien monté, qui se rendait à Compiègne suivi d'un écuyer à cheval, et qui venait de Paris où il avait achevé ses études, fut frappé de loin de leur pas ferme et allongé. "Voilà des drôles, se dit-il à lui-même, qui ont une marche bien assurée pour des gens qui ne voient goutte. Je veux savoir s'ils sont vraiment aveugles et les attraper."

Des qu'il fut arrivé près des trois compères, ces pauvres gens, au bruit des chevaux, se rangèrent de coté pour lui demander l'aumône ; il les appela, et faisant semblant de leur donner quelque chose : " Tenez, dit-il, voici un écu, vous aurez soin de le partager : il est pour vous trois. Oui, mon noble seigneur, répondirent les aveugles, et que Dieu, en récompense, vous donne son saint paradis." Quoique aucun d'eux n'eût l'écu, chacun cependant crut de bonne foi que c'était son camarade qui l'avait reçu. Aussi, après beaucoup de remerciements et de souhaits pour le cavalier, ils se remirent en route, bien joyeux, ralentissant néanmoins beaucoup leur pas. »(...)

(Avec leur soi-disant écu, les aveugles font ripaille dans une auberge tandis que le clerc les suit pour voir le déroulement de la farce qu'il a mise en œuvre.)

« Le lendemain matin, l'hôte, qui voulait se débarrasser d'eux, les envoya réveiller par son valet. Quand ils furent descendus, il fit le compte de leur dépense et demanda dix sous : c'était là le moment que le malicieux clerc attendait. Afin d'en jouir à son aise, il vint se placer dans un coin, sans néanmoins vouloir se montrer, de peur de gêner par sa présence. " Sire, dirent à l'hôte les aveugles, nous avons un écu, rendez-nous notre reste." Celui-ci tend la main pour le recevoir ; et comme personne ne le lui donne, il demande qui l'a des trois. Aucun d'eux ne répond d'abord, il les interroge et chacun d'eux dit : ce n'est pas moi ; alors, il se fâche. "Çà, messieurs les truands, croyez-vous que je suis ici pour vous servir de risée ? Ayez un peu la bonté de finir, s'il vous plaît, et de me payer tout à l'heure mes dix sous, ou sinon je vous étrille." Ils recommencent donc à se demander l'un à l'autre l'écu ; ils se traitent mutuellement de fripons, finissent par se quereller et font un tel vacarme, que l'hôte furieux, leur distribuant à chacun quelques paires de soufflets, crie à son valet de descendre avec deux bâtons.

Le clerc, pendant ce débat, riait dans son coin à se pâmer. Cependant, quand il vit que l'affaire devenait sérieuse, et qu'on parlait de bâton, il se montra, et d'un air étonné vint demander ce qui causait un pareil tapage. "Sire, ce sont ces trois marauds qui sont venus hier ici pour manger mon bien ; et aujourd'hui que je leur demande ce qui m'est dû, ils ont l'insolence de me bafouer. Mais, de par tous les diables, il n'en sera pas ainsi, et avant qu'ils sortent... Doucement, doucement, sire Nicole, reprit le clerc, ces bonnes gens n'ont peut-être pas de quoi payer, et dans ce cas vous devriez moins les blâmer que les plaindre. A combien se monte leur dépense ? - A dix sous. - Quoi ! c'est pour une pareille misère que vous faites tant de bruit ! Eh bien ! apaisez-vous, j'en fais mon affaire. Et pour ce qui me regarde, moi, combien vous dois-je ? - Cinq sous, beau sire. - Cela suffit, ce sera quinze sous que je vous paierai, laissez sortir ces malheureux et sachez qu'affliger les pauvres, c'est un grand péché."

Les aveugles, qui craignaient la bastonnade, se sauvèrent bien vite sans se faire prier ; " (...)

Fabliau du Moyen-âge, Wikisource lien

repère à suivre : quête des sens : vue (Voltaire)

 

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Jean-Yves 08/12/2010 21:00



Allez je te souhaite un bonne soirée je preprendrais mes lectures à partir d'ici.
A bientôt
Jean-Yves



Litteratus 09/12/2010 18:24



Tu as rattrapé une bonne partie de mes articles ! Un grand merci pour ta constance...



Pascal 09/08/2010 21:45



Moral. a+



Litteratus 18/08/2010 22:10



 !



Pascal 08/08/2010 20:11



ç moyen comme histoire ça ... a+ Lit



Litteratus 09/08/2010 11:03



sur le plan moral ou littéraire ?



Cat 04/08/2010 08:27



Voilà une fable non dénuée de cynisme qui se termine bien! Merci, ce fût un régal!



Litteratus 04/08/2010 21:56



Un fabliau politiquement incorrect...