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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le sens de l'odorat (Zola)

Le thème de l'odorat dans la littérature ne pouvait exclure un roman qui fourmille d'expériences olfactives en tous genres. Il s'agit du Ventre de Paris de Zola.

odeur, thèmes, ventre de PAris, Zola

 

 

Repères : thème ses sens : présentation

Dans l'article précédent, il a été question de lire un extrait du roman de Huysmans, À rebours,  qui évoque des scènes olfactives extrêmes. Aujourd'hui nous resterons dans ces odeurs fortes avec Zola et le troisième roman de son cycle les Rougon-Macquart, Le ventre de Paris (1873).

Nausée

Après les effluves du parfum, venons-en aux odeurs qui sont dérangeantes, oppressantes.

La Gazette vous propose de lire une description pleine de réalisme des anciennes halles de Paris : lorsque la profusion des stands vire au dégoût...

Dégoût

  "Florent souffrit alors de cet entassement de nourriture, au milieu duquel il vivait. Les dégoûts de la charcuterie lui revinrent, plus intolérables. Il avait supporté des puanteurs aussi terribles ; mais elles ne venaient pas du ventre. Son estomac étroit d’homme maigre se révoltait, en passant devant ces étalages de poissons mouillés à grande eau, qu’un coup de chaleur gâtait. Ils le nourrissaient de leurs senteurs fortes, le suffoquaient, comme s’il avait eu une indigestion d’odeurs. Lorsqu’il s’enfermait dans son bureau, l’écœurement le suivait, pénétrant par les boiseries mal jointes de la porte et de la fenêtre. Les jours de ciel gris, la petite pièce restait toute noire ; c’était comme un long crépuscule, au fond d’un marais nauséabond. Souvent, pris d’anxiétés nerveuses, il avait un besoin de marcher, il descendait aux caves, par le large escalier qui se creuse au milieu du pavillon. Là, dans l’air renfermé, dans le demi-jour des quelques becs de gaz, il retrouvait la fraîcheur de l’eau pure. Il s’arrêtait devant le grand vivier, où les poissons vivants sont tenus en réserve ; il écoutait la chanson continue des quatre filets d’eau tombant des quatre angles de l’urne centrale, coulant en nappe sous les grilles des bassins fermés à clef, avec le bruit doux d’un courant perpétuel. Cette source souterraine, ce ruisseau causant dans l’ombre, le calmait. Il se plaisait aussi, le soir, aux beaux couchers de soleil qui découpaient en noir les fines dentelles des Halles, sur les lueurs rouges du ciel ; la lumière de cinq heures, la poussière volante des derniers rayons, entrait par toutes les baies, par toutes les raies des persiennes ; c’était comme un transparent lumineux et dépoli, où se dessinaient les arêtes minces des piliers, les courbes élégantes des charpentes, les figures géométriques des toitures. Il s’emplissait les yeux de cette immense épure lavée à l’encre de Chine sur un vélin phosphorescent, reprenant son rêve de quelque machine colossale, avec ses roues, ses leviers, ses balanciers, entrevue dans la pourpre sombre du charbon flambant sous la chaudière. A chaque heure, les jeux de lumière changeaient ainsi les profils des Halles, depuis les bleuissements du matin et les ombres noires de midi, jusqu’à l’incendie du soleil couchant, s’éteignant dans la cendre grise du crépuscule. Mais, par les soirées de flamme, quand les puanteurs montaient, traversant d’un frisson les grands rayons jaunes, comme des fumées chaudes, les nausées le secouaient de nouveau, son rêve s’égarait, à s’imaginer des étuves géantes, des cuves infectes d’équarrisseur où fondait la mauvaise graisse d’un peuple."

Le ventre de Paris, Zola, wikisource.

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Ventre_de_Paris/III

repère à suivre : le goût

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Pascal 15/08/2010 17:49



J'aurais pas du le lire avant juste avant l'h du goûter celui-la ... a+ Lit



Litteratus 19/08/2010 09:53



Monsieur a l'estomac fragile  !



lizagrèce 13/08/2010 22:27



L'extrait que je préfère dans "Le ventre de Paris" c'est celui où Zola décrit la chercuterie !



Litteratus 19/08/2010 09:52



Après la fromagerie, un souvenir précis  du côté de la charcuterie !



flora 12/08/2010 09:11



Le ventre de Paris  -  une de mes premières lectures de Zola, il y a une cinquantaine d'années (!), en hongrois... Et je me souviendrai à vie des
odeurs de fromages, décrites de façon tellement sensuelle que je les sentais, sans les connaître...



Litteratus 19/08/2010 09:48



Le souvenir est toujours là du fait de la puissance évocatrice des descriptions de Zola !



Cat 11/08/2010 09:24



Extrait particulièrement saisissant. Zola n'avait pas son pareil pour décrire une scène réaliste. Le dernier paragraphe est impressionnant. J'ai éprouvé ce dégoût un jour en me promenant sur un
marché tunisien. Les mouches pulllaient et l'odeur était pestilentielle, j'ai encore le coeur au bord des lèvres quand je repense à cette scène digne du moyen-âge en plein XIXème siècle...



Litteratus 19/08/2010 09:44



à chacun ses goûts et ses odeurs : certaines odeurs nous apparaissent insupportables alors qu'elles ne le sont pas pour d'autres et vice et versa...