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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La Littérature et la Presse : l'argent dans "les Mémoires d'outre-tombe" (Chateaubriand)

Dans l'histoire littéraire, la rapport entre la littérature et la Presse nous oblige à aborder la question de l'argent. Nous verrons comment un  monument de la littérature française, Les Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. se trouve au cœur d'une problématique financière.

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Repère: le thème du journal : les Mémoires d'outre-tombe

Dans l'article précédent, nous avons évoqué l'existence de canulars par voie de presse. Aujourd'hui, nous aborderons le lien entre l'argent et la Littérature au travers des péripéties autour des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand.

Argent

Et pourtant, la publication d'œuvres pose naturellement la question de la valeur sonnante et trébuchante d'un livre...

Le cas des Mémoires d'Outre Tombe de Chateaubriand illustre très clairement ce rapport ambigu surtout lorsqu'il est mêlé à la Presse.

Trois articles seront consacrés aux péripéties qui ont entouré cette œuvre singulière :

Le premier article a pour objet de définir le projet de l'auteur et le rôle que la Presse a joué lors de la publication de cet ouvrage.

Projet

Précisons, en premier lieu, que Chateaubriand, né en 1768, a conçu la rédaction de ses mémoires dès 1811 (il avait alors 43 ans).

En 1832, il livre sa préface testamentaire qui donne, d'une certaine manière, un avant-goût du contenu déjà rédigé par son auteur.

"Marketing"

Un extrait tiré de la Revue des Deux Mondes vous en est proposé.

Vous serez étonné par la leçon de "marketing" avant l'heure donnée par l'auteur, corroborée par la note du journaliste...

La rédaction des Mémoires dont on sait qu'ils sont subdivisés en parties et en chapitres est ainsi entourée de mystère, aiguisant la curiosité des lecteurs et passionnant les foules …

À la lecture de ce texte, on ne peut se douter de la tournure que vont prendre les choses... 

 « Préface testamentaire

Paris, 1er août 1832.

Comme il m'est impossible de prévoir le moment de ma fin; comme à mon âge les jours accordés à l'homme ne sont que des jours de grâce, ou plutôt de rigueur, je vais, dans la crainte d'être surpris, m'expliquer sur un travail destiné, en se prolongeant, à tromper pour moi l'ennui de ces heures dernières et délaissées, que personne ne veut, et dont on ne sait que faire.

Les Mémoires à la tête desquels on lira cette préface embrassent ou embrasseront le cours entier de ma vie : ils ont été commencés dès l'année 1811, et continués jusqu'à ce jour. Je raconte dans ce qui est achevé, et raconterai dans ce qui n'est encore qu'ébauché, mon enfance, mon éducation, ma première jeunesse, mon entrée au service, mon arrivée à paris, ma présentation à Louis XVI, le commencement de la révolution, mes voyages en Amérique, mon retour en Europe, mon émigration en Allemagne et en Angleterre, ma rentrée en France sous le consulat, mes occupations et mes ouvrages sous l'empire, ma course à Jérusalem, mes occupations et mes ouvrages sous la restauration, enfin l'histoire complète de cette restauration et de sa chute.(...)

Les Mémoires, divisés en livres et en parties, sont écrits à différentes dates et en différens lieux : ces sections amènent naturellement des espèces de prologues, qui rappelle les accidens survenus depuis les dernières dates, et peignent les lieux où je reprends le fil de ma narration. Les évènemens variés et les formés changeantes de ma vie entrent ainsi les uns dans les autres : il arrive que dans mes instans de prospérité j'ai à parler du temps de mes misères, et que dans mes jours de tribulation, je retrace mes jours de bonheur. Les divers sentimens de mes âges divers, ma jeunesse pénétrant dans ma vieillesse, la gravité de mes années d'expérience attristant mes années légères; les rayons de mon soleil, depuis son aurore jusqu'à son couchant, se croisant et se confondant comme les reflets épars de mon existence, donnent une sorte d'unité indéfinissable à mon travail : mon berceau a de ma tombe, Ma tombe a de mon berceau; mes souffrances deviennent des plaisirs, mes plaisirs des douleurs, et l'on ne sait si ces Mémoires sont l'ouvrage d'une tête brune ou chenue.(...)

Plusieurs de mes amis m'ont pressé de publier à présent une partie de mon histoire; je n'ai pu me rendre à leur venu. D'abord je serais, malgré moi, moins franc et moins véridique; ensuite j'ai toujours supposé que j'écrivais assis dans mon cercueil. L'ouvrage a pris de là un certain caractère religieux que je ne lui pourrais ôter sans préjudice; il m'en coûterait d'étouffer cette voix lointaine qui sort de la tombe, et que l'on entend dans tout le cours du récit. On ne trouvera pas étrange que je garde quelques faiblesses, que je sois préoccupé de la fortune du pauvre orphelin, destiné à rester après moi sur la terre. Si Minos jugeait que j'ai assez souffert dans ce monde pour être au moins dans l'autre une Ombre heureuse, un peu de lumière des Champs-Élysées, venant éclairer mon dernier tableau, servirait à rendre moins saillans les défauts du peintre : la vie me sied mal; la mort m'ira peut-être mieux.

xxxxxxxxxx

  1. En insérant avec reconnaissance la Préface que l'illustre écrivain veut bien nous communiquer, nous sommes sûr d'éveiller assez puissamment l'attention de nos lecteurs sur ce beau et grand travail, que tous ceux qui l'ont entendu s'accordent à reconnaître comme le plus important et le plus achevé d'un génie si fécond en œuvres. Nous espérons au reste en donner bientôt une plus ample idée par l'organe d'un de nos collaborateurs qui en a une exacte et complète connaissance. (N. du D.)"

Mémoires d'Outre-Tombe, Chateaubriand, Revue des Deux Mondes, T1, 1834.

source : http://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_d%E2%80%99outre-tombe_-_Pr%C3%A9face_testamentaire »

Repère à suivre: la vente des mémoires d'outre-tombe 

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lizagrèce 14/09/2010 18:54



Très "people" l'évocation de la visite chez Louis XVI



Litteratus 14/09/2010 20:03



Il a fréquenté du beau monde...



Cat 14/09/2010 08:52



C'est certain, voilà de quoi attirer et attiser l'appétit des lecteurs!


Je me demande souvent quel homme ou quelle femme de nos jours pourrait prétendre écrire une telle autobiographie. Le contenu des vies paraissait à mon sens étrangement plus passionnant et
plus épique avant le XXème siècle.