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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La première demande du prince heureux (O.Wilde)

 

Prince heureux Oscar wilde 1ere demande

 

Repères : hors-série de l'hiver : le Prince Heureux (O. Wilde)

Générosité

Dans l'article précédent, il a été montré la rencontre entre la statue du Prince Heureux revêtue de couches d'or et richement sertie de rubis et de saphirs qui est dotée du langage et de la sensibilité la plus exquise et d'une hirondelle un peu égoïste. Mais ils ne se sont pas pour l'heure encore parlé...

***

 

-Là-bas, continua la statue, de sa voix basse et musicale, là-bas, dans une petite rue, il est une pauvre maison. Une des fenêtrés est ouverte et, par elle, je puis voir une femme assise à une table. Son visage est amaigri et usé. Elle a des mains épaisses, rougeaudes, toutes piquées par l'aiguille, car elle est couturière. Elle brode des fleurs de la Passion sur
une robe de satin que doit porter, au prochain bal de la cour, la plus belle des demoiselles d'honneur de la Reine. Dans un lit, au coin de la chambre, gît son petit garçon malade.
Il a la fièvre et il demande des oranges. Sa mère n'a rien à lui donner que de l'eau de la rivière. Aussi il pleure. Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, ne voulez-vous pas lui porter le rubis de la garde de mon épée ? Mes pieds sont attachés au piédestal et je ne puis bouger.

-Je suis attendue en Egypte, répondit l'Hirondelle. Mes amies voltigent de çà de là sur le Nil et bavardent avec les grands lotus. Bientôt elles iront dormir dans le tombeau du Grand Roi. Le Roi y est lui-même dans son cercueil de bois. Il est enveloppé d'une toile jaune et embaumé avec des aromates. Autour de son cou, il a une chaîne de jade vert pâle et ses mains sont comme des feuilles sèches.

- Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, ne resterez vous pas avec moi une nuit, et ne serez-vous pas ma messagère? L'enfant a tant soif et la mère est si triste.

- Je ne pense pas que j'aime les enfants, répondit l'Hirondelle. L'été dernier quand je séjournais au bord de la rivière, deux garçons mal élevés, les enfants du meunier, ne-cessaient pas de me jeter des pierres. Certes, ils ne m'atteignaient jamais. Nous autres hirondelles, nous volons trop bien pour cela, et, en outre, je suis d'une famille célèbre par son agilité, mais quand même c'était une marque d'irrespect.

-Mais le regard du Prince Heureux était si triste que la petite Hirondelle en fut toute chagrine.
- Il fait bien froid ici, dit-elle, mais je resterai une nuit avec vous et je serai votre messagère.
- Merci, petite Hirondelle, répondit le prince.

Alors la petite Hirondelle arracha le grand rubis de l'épée du Prince, et, l'emportant dans son bec, prit son vol par dessus les toits de la ville.

Elle passa sur la tour de la cathédrale où des anges étaient sculptés en marbre blanc.
Elle passa sur le Palais et entendit de la musique de danse.

Une belle jeune fille parut sur le balcon avec son amoureux.
- Combien les étoiles sont belles, lui dit-il, et combien est puissante la force de l'amour
- Je voudrais que ma robe soit prête pour le bal officiel, répondit-elle. J'ai commandé d'y broder des fleurs de la passion, mais les couturières sont si négligentes.
Elle passa sur la rivière et vit les lanternes suspendues au mat des barques.
Elle passa sur le ghetto et vit les vieux juifs qui faisaient des affaires entre eux et
pesaient des monnaies dans des balances de cuivre.

Enfin, elle arriva à la pauvre demeure et y jeta un coup d'œil.

L'enfant s'agitait fiévreusement dans son lit et sa mère s'était endormie tant elle était
fatiguée.
L'Hirondelle sautilla dans la chambre et mit le grand rubis sur la table, sur le dé de la couturière.
Puis elle voleta doucement autour du lit, éventant de ses ailes le visage de l'enfant.
- Quelle douce fraîcheur je ressens fit l'enfant. Je dois aller mieux.

Et il tomba dans un délicieux sommeil.

Alors l'Hirondelle s'en fut à tire d'ailes vers le Prince Heureux et lui dit ce qu'elle avait fait.
- C'est curieux, remarqua-t.elle, mais maintenant je sens presque de la chaleur, et cependant il fait bien froid.

- C'est parce que vous avez fait une bonne action, répliqua le Prince.

Et la petite Hirondelle commença à réfléchir et alors elle s'endormit. Toutes les fois qu'elle réfléchissait, elle s'endormait.

Quand parut l'aube, elle vola vers la rivière et prit un bain.

-Voilà un remarquable phénomène s'écria le professeur d'ornithologie qui passait sur le pont. Une Hirondelle en hiver Et il écrivit à ce sujet une longue lettre à une feuille locale. Tout le monde la cita. Elle était pleine de tant de mots qu'on ne pouvait comprendre.

- Ce soir je pars pour l’Égypte, se disait l'Hirondelle.

Et, à cette perspective, elle était toute joyeuse.

Elle visita tous les monuments publics et se reposa longtemps sur le sommet du clocher de l'église.

Partout où elle allait, les pierrots gazouillaient. Ils se disaient les uns aux autres : Combien cette étrangère est distinguée. Cela la remplissait de joie. "

 

Repères à suivre : la deuxième demande du Prince heureux (Wilde)

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