Partager l'article ! Le feu des armes (Misérables, Victor Hugo): La Gazette vous propose de considérer un autre point d ...
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Thème du mois de juin 2012 : le divertissement
Calendrier des articles du mois de juin 2012 :
du 1er au 2 juin 2012 : l'éditorial et le sommaire,
du 3 au 15 juin 2012 : présentation
du 16 au 26 juin 2012 : l'étude -la synthèse- la bibliographie,
du 27 au 30 juin 2012 : le feuilleton inédit : D'un divertissement à l'autre.
Index généraux de la Gazette Littéraire :
Index des études : 2009 - 2010- 2011-2012
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Classement des 10 meilleurs articles
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La Gazette vous propose de considérer un autre point de vue sur le feu : il s'agit de celui nourri par les armes.
Il avait été proposé en octobre 2010, dans le cadre d'une thématique consacrée à la Musique, de de lire un extrait célèbre de ce chef.
Seule la littérature peut retracer le destin tragique de l'enfance fauchée par la folie humaine.
Victor Hugo a entrepris dans sa large fresque des Misérables de faire naître le symbole de l'innocence en utilisant le chant qui, par sa fraîcheur, s'oppose au bruit des armes à l'heure de l'insurrection de Paris, au début de 1832....
Pathétique...
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« Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l’œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :
On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.
Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :
Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.
Une cinquième balle ne réussit qu’à tirer de lui un troisième couplet :
Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.
Cela continua ainsi quelque temps.
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; (…)
Les Misérables, Victor Hugo, (tome 5, livre 1er, chapitre 15) source :
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_TV_L1#Chapitre_XV_:_Gavroche_dehors
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