la métaphore des saisons dans la littérature

 

Repères : thème des saisons : l'étude

 

S'inspirant de l'influence des saisons sur l'homme, la Littérature a abordé le thème du bouleversement du corps et de l'esprit à de nombreuses reprises. L'emploi de la métaphore d'une saison illustre parfaitement la problématique humaine.

Dans le cadre de  cette étude, deux œuvres seront proposées à votre lecture : Une saison en enfer de Rimbaud, court ouvrage publié, à compte d'auteur, en 1873 et Printemps et autres saisons de Jean-Marie le Clezio, publié en 1989.

Deux saisons distinctes au travers de deux personnages différents, l'été pour le poète, le printemps pour une jeune héroïne.

Au travers de ces livres, le cycle des saisons joue néanmoins le même rôle de catalyseur permettant l'éclosion d'une personnalité nouvelle.

 

1. L'été brûlant de l'enfer*

 

Cette œuvre en prose apparemment décousue est constituée de passages successifs au travers desquels le poète rejette dans un style délibérément provocateur tout héritage héréditaire, culturel ou spirituel, honnissant le monde en général et l'Occident en particulier. L'auteur s'adonne alors avec une fièvre intense à la fange et au sacrilège avant qu'une révélation ne se fasse jour. Une unité de l'œuvre apparaît néanmoins dans ce recueil qui s'articule en réalité autour du passage d'une saison. Mais de quelle saison s'agit-il ? Rimbaud plonge en effet brutalement le lecteur dans une saison qui ne porte pas de nom. Mais il le met sur la voie lors de l'étrange constat établissant que «le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot» (prologue). Ce ricanement résonne comme un grincement de porte tout au long du livre. Cette saison dont on cherche toujours le nom est néanmoins associée au soleil brûlant : « Ah! les poumons brûlent, les tempes grondent ! La nuit roule dans mes yeux, par ce soleil ! » (Mauvais Sang in fine). Dépassant le cadre d'un simple lieu, l'enfer prend aussi corps dans le temps. L'enfer par opposition au ciel est recherché durant une saison.

 

Après s'être proclamé maudit avec force, le poète revendique avec délice son statut de réprouvé. 4208936366_6c512405ca.jpgIl aspire à brûler en enfer, sacrilège suprême : « Je meurs de lassitude. C'est un tombeau, je m'en vais aux vers, horreur de l'horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.» (Nuit de l'enfer). Il porte l'œuvre brûlante à un paroxysme ultime, fait de délires et d'hallucinations, dans une ivresse débridée. Le style de Rimbaud, totalement libéré, est d'une poésie éblouissante :

« À quatre heures du matin, l'été

le sommeil d'amour dure encore.

Sous les bocages s'évapore

l'odeur du soir fêté » (délires II)

 

Cependant un éclair de lucidité va s'emparer du poète. Cette saison infernale n'a en effet qu'un temps. De manière fulgurante, Rimbaud va revenir à la vie en proclamant que le travail est la seule valeur noble : « Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! » (Adieu). L'automne s'est installé loin du soleil éternel avec le cortège des fantasmagories. L'automne de la vie et l'acceptation des réalités sèches voient donc enfin le jour. Le poète devient homme, libéré de toutes ses faiblesses et prêt à repartir.

Une autre œuvre nous propose de suivre l'éclosion d'une jeune fille au rythme d'une saison.

 

2. Le Printemps, le temps de la métamorphose **

 

La nouvelle de Le Clezio emprunte le chemin du printemps pour évoquer le thème de la renaissance. Il s'agit d'un printemps particulier dans la vie de Libbie-Saba qui voit autant sa vie que son propre corps en pleine puberté se transformer. Son évolution psychologique est aussi clairement perceptible. Tout bouge dans la vie de l'héroïne : « J'ai l'impression que tout bouge et danse partout, dans le genre d'un tressaillement. C'est la première fois que je sens ça .»(p 11)

 

4393157854_dd1f2cffd6.jpgLa jeune fille doit affronter les souvenirs de son enfance, oublier le soleil du Maroc qu'elle a quitté à la fin de l'été pour Marseille. Cette situation la conduit à vivre douloureusement auprès d'une étrangère qui l'a abandonnée, dès sa petite enfance, pour des raisons économiques : sa propre mère. L'héroïne vit la situation comme un double exil. La saison de l'hiver représente dès lors la réclusion dans le foyer maternel, froid et humide, dans la pauvreté, la maladie, les rancœurs profondes. Dans ce contexte terrible, le printemps, rempli d'électricité, s'analyse en une saison de passage entre l'enfance et la vie adulte.

 

Libbie-Saba manifeste le besoin d'éprouver les autres. Elle l'exprime par le désir viscéral de quitter le domicile maternel. Le temps de la liberté s'associe à la quête de soi: « Je suis libre, je suis nouvelle. Je suis quelqu'un d'autre. Je ne peux plus attendre.» (page 67). Le temps de l'errance est venue avec le cortège d'expériences troubles qui la font grandir. Cependant l'été va poindre, l'instant de la renaissance approche. La jeune fille revient devant son immeuble et se sent attirée par l'odeur de cuisine de sa voisine kabyle qui lui ouvre sa porte, en posant un regard bienveillant sur elle. Le temps de la réconciliation avec les autres et  avec soi-même a sonné. Sans un mot, sa mère la presse contre elle et la fait pénétrer dans la maison qui n'est plus seulement maternelle, mais qui devient la demeure familiale. La paix enfin est retrouvée.

 

 

*Gallimard, bibliothèque de la pléiade, sept 1983. cf introduction et notes

**Gallimard, juin 1989

 

Repères à suivre : thème des saisons : la synthèse de l'étude

 

Tag(s) : #Thème
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog