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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La mesquinerie humaine dans "le Lutrin" de Boileau

Le thème de l'humour dans la littérature nous offre la lecture de passages savoureux comme le fameux lutrin de Boileau qui est le révélateur d'une mesquinerie humaine.

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Repère: le thème de l'humour

Dans l'article précédent, nous avons présenté le sommaire du numéro dédié à l'humour dans la littérature. Débutons par nos travers humains qui sont une vaste source de divertissements.

Mesquinerie

La mesquinerie humaine forme un réservoir inaltérable d'inspiration surtout dans le domaine de la comédie.

Qu'est-ce que la mesquinerie exactement ? C'est un manque de générosité et de largeur de vues.

Boileau

La Gazette vous propose de (re)découvrir une célèbre dispute élaborée sous la forme d'un poème héroï-comique.

Elle émane de Boileau (17e siècle) qui a réalisé une parodie en alexandrins de la vie monastique avec des moines à la fois  indolents et orgueilleux.

Présentons brièvement l'intrigue : dans un monastère, une sourde rivalité s'exerce entre moines, précisément entre le trésorier* et le chantre**.

Quel est l'objet du litige ? Un lutrin, c'est à dire un pupitre destiné à porter dans une église les livres de messe.

Ce lutrin fait malheureusement de l'ombre dans l'église au chantre ...

«(...) Laisse au chantre, dit-il, la tristesse et les pleurs,
Prélat ; et pour sauver tes droits et ton empire,
Écoute seulement ce que le ciel m'inspire.

Vers cet endroit du chœur où le chantre orgueilleux
Montre, assis à ta gauche, un front si sourcilleux,
Sur ce rang d'ais serrés qui forment sa clôture
Fut jadis un lutrin d'inégale structure,
Dont les flancs élargis de leur vaste contour
Ombrageaient pleinement tous les lieux d'alentour.
Derrière ce lutrin, ainsi qu'au fond d'un antre,
A peine sur son banc on discernait le chantre :
Tandis qu'à l'autre banc le prélat radieux,
Découvert au grand jour, attirait tous les yeux.

Mais un démon, fatal à cette ample machine,
Soit qu'une main la nuit eût hâté sa ruine,
Soit qu'ainsi de tout temps l'ordonnât le destin,
Fit tomber à nos yeux le pupitre un matin.
J'eus beau prendre le ciel et le chantre à partie,
Il fallut l'emporter dans notre sacristie,
Où depuis trente hivers, sans gloire enseveli,
Il languit tout poudreux dans un honteux oubli.
Entends-moi donc, Prélat. Dès que l'ombre tranquille
Viendra d'un crêpe noir envelopper la ville,
Il faut que trois de nous, sans tumulte et sans bruit,
Partent, à la faveur de la naissante nuit,

Et du lutrin rompu réunissant la masse,
Aillent d'un zèle adroit le remettre en sa place.
Si le chantre demain ose le renverser,
Alors de cent arrêts tu peux le terrasser. (...)"

Le lutrin, chant I, Boileau, Wikisource

Explications

*trésorier : personne qui garde le trésor d'une église.

**chantre : chanteur dans un office religieux.

*** chapitre : assemblée de moines réunis pour délibérer des affaires du monastère.

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Lizagrèce 05/11/2009 16:58


Je me suis amusée à lire le texte en supprimant le R de lutrin ... Et j'aime bien "le lutin d'inégale structure" ...
Oui je sais, c'est potache mais je ne peux m'empêcher


LITTERATUS 06/11/2009 11:54


Ce mois-ci, tout est permis, jeux de mots, calembours divers et variés, suppression des R, ajout M , le "mutin" d'inégale structure !! à vous de jouer !!


val 05/11/2009 10:43


On sent le ridicule de la situation exprimée par l'emphase des mots et le ridicule du propos! Un texte étudié il y a longtemps que je suis contente de relire ! merci


LITTERATUS 06/11/2009 11:43


c'est un texte qu'on étudie au lycée et qu'on ne revoit qu'avec ses propres enfants... l'occasion se présentait d'avancer le cours des choses.


Cat 05/11/2009 10:14


Il s'agit bien là de mesquinerie! Et ce pauvre lutrin n'est qu'un prétexte à la folie douce des hommes si religieux soient-ils! Je suis toujours éperdue d'admiration en lisant d'aussi belles
phrases. Notre langue est belle !


LITTERATUS 06/11/2009 11:41


Tout ça pour un lutrin ! Heureusement que ce motif parfaitement futile a donné lieu à un poème merveilleux et comique !