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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La Littérature en mouvement : l'escalade (Flaubert)

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Les affres de la création

Repères  : thème du Mouvement : présentation

Poursuivons notre explication sémantique engagée de manière impromptue de ce mois-ci avec le deuxième sens du terme mouvement : une escalade soit un mouvement par... le haut.

Apprécions l'effort de précision entrepris !

Il existe pléthore de textes littéraires sur ce point. La Gazette vous propose d'effectuer avec Flaubert un effort d'imagination pour comprendre les affres de la création.

Quoi de mieux que l'emploi d'une métaphore ascensionnelle ?

***

"Enfin me revoilà en train ! ça marche ! la machine retourne ! Ne blâme pas mes roidissements, bonne chère Muse, j'ai l'expérience qu'ils servent. Rien ne s'obtient qu'avec effort ; tout a son sacrifice. La perle est une maladie de l'huître et le style, peut-être, l'écoulement d'une douleur plus profonde. N'en est-il pas de la vie d'artiste, ou plutôt d'une œuvre d'art à accomplir, comme d'une grande montagne à escalader ? Dur voyage, et qui demande une volonté acharnée ! D'abord on aperçoit d'en bas une haute cime. Dans les cieux, elle est étincelante de pureté, elle est effrayante de hauteur, et elle vous sollicite cependant à cause de cela même. On part. Mais à chaque plateau de la route, le sommet grandit, l'horizon se recule, on va par les précipices, les vertiges et les découragements. Il fait froid et l'éternel ouragan des hautes régions vous enlève en passant jusqu'au dernier lambeau de votre vêtement. La terre est perdue pour toujours, et le but sans doute ne s'atteindra pas. C'est l'heure où l'on compte ses fatigues, où l'on regarde avec épouvante les gerçures de sa peau. L'on n'a rien qu'une indomptable envie de monter plus haut, d'en finir, de mourir. Quelquefois, pourtant, un coup des vents du ciel arrive et dévoile à votre éblouissement des perspectives innombrables, infinies, merveilleuses ! à vingt mille pieds sous soi on aperçoit les hommes, une brise olympienne emplit vos poumons géants, et l'on se considère comme un colosse ayant le monde entier pour piédestal. Puis, le brouillard retombe et l'on continue à tâtons, à tâtons, s'écorchant les ongles aux rochers et pleurant dans la solitude. N'importe ! Mourons dans la neige, périssons dans la blanche douleur de notre désir, au murmure des torrents de l'esprit, et la figure tournée vers le soleil !"

Lettre à Louise Colet*, 16 septembre 1853, Flaubert, Correspondances

http://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Flaubert_%C3%89dition_Conard_Correspondance_3.djvu&page=348

 

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* Louise Colet, poétesse du XIXème siècle, maîtresse et muse de Flaubert.

 

repères à suivre : le recul napoléonien (Hugo)

 

 

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flora 11/04/2011 14:50



J'admire la vigueur et la justesse du style de Flaubert (ça fait longtemps que je pense me procurer sa "Correspondance"  -  j'ai vu un échantillon sur scène par J. Weber)



Litteratus 11/04/2011 18:58



J'ai trouvé ce texte admirable. Le jeu de Jacques Weber est tout simplement merveilleux...



lylyI 07/04/2011 07:42



Bonjour L


Très jolie métaphore !


L'homme toujours en quête de s'élever malgré les doutes, le découragement et


puis viennent à l'horizon les éclaircies... 


C'est vraiment un excellent exemple !


MERCI pour ce partage !


Belle journée Lyly



Litteratus 07/04/2011 15:34



J'avais été touchée aussi par la métaphore ...




lizagrèce 04/04/2011 14:29



Je ne connaissais pas ce texte de Flaubert mais j'avoue ne pas l'aimer:  pour ce qu'il dit mais aussi de pour son style que je trouve lourd.



Litteratus 04/04/2011 19:38



Je n'ai pas fait le plein de réussite à ce que je vois...



ASP 04/04/2011 14:09



Et bien dis donc, quelle souffrance  ! ça ne donne pas envie d'y aller la-haut !!! surtout si c'est pour y trouver la mort !!! Tout y est, l'altitude, les descriptions météorologiques, les
souffrances physiques et psychologiques ... N'était-il pas en train de peiner sur Madame Bovary lorsqu'il a écrit cette lettre ???


Quoi qu'il en soit, cela me fait penser à un peinture flamande : Le voyageur au-dessus de la mer de nuages / C. Friedrich. Tu peux aller la voir sur ce lien : http://aart.free.fr/caspar_david_friedrich.htm



Litteratus 04/04/2011 19:37



Une conception très personnelle de l'art ! La peinture reflète bien cette vision d'un homme en haut du sommet ! bravo



Cristofol 04/04/2011 11:42



Les articles se révèlent tellement intéressants que même la publicité, au demeurant assez discrète sur ce blog, ne me dérange absolument pas et ne fait pas barrage à mon plaisir de revenir le
parcourir le plus souvent possible : un site que je retiens.



Litteratus 04/04/2011 19:35



Un site heureux de vous accueillir !