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Gazette littéraire

La littérature au risque du mariage (4)

La littérature au risque du mariage (4)

 

 

repères : thème de la finance : le feuilleton


résumé : A la mort de son père, Théodore de Lauzun est à la tête d'un patrimoine immobilier important. Il décide d'investir l'argent gagné durant la guerre dans des placements en bourse. Il devient un habile homme d'affaires. Pour tous, il est évident qu'il rentre enfin dans les rangs et que sa période sulfureuse a pris fin. La vérité au bout des doigts ne semble plus l'animer. En réalité, il écrit en secret un deuxième roman le mépris de Balthazar Dupuis, publié en mai 1924. Cette œuvre est condamnée sévèrement par la critique. Les époux de Lauzun connaissent une sérieuse crise conjugale. L'écrivain cède de guerre lasse à sa femme le droit de s'opposer à la publication de ses romans si elle l'estime utile. Par ailleurs, il cède toutes ses participations boursières. Marguerite s'en émeut même si elle n'a pas voie au chapitre. Elle mesure néanmoins avec une jouissance insigne l'ascendant qu'elle peut enfin exercer sur son mari. Elle savoure ce sentiment de toute puissance..

****

La naissance de Louis de Lauzun

Marguerite de Lauzun avait désormais l'œil sur son mari ou plutôt sur son œuvre. Elle s'autorisa de longues incursions dans le bureau de son mari, durant ses absences. Elle prit la mesure du travail qu'il entreprenait. Elle se permit des lectures d'extraits qu'elle lut, le plus souvent, sans en comprendre l'exacte portée. « Que soit maudit celui qui ne croit pas en lui » ! Cette phrase la fit frissonner ; la violence du ton l'effraya. Théodore n'était pas dupe des intrusions de son épouse. Il était cependant tenu par son serment. Pour la faire enrager, il mettait sur le dessus des feuilles volontairement ordurières pour la choquer. Ça lui apprendra ! se disait-il en s'amusant. Sa femme tombait dans le panneau en lui faisant la tête plusieurs jours durant. La seule chose qu'elle comprit, c'était l'entière détermination de l'écrivain à poursuivre dans sa voie. Elle n'en prit que plus de détestation pour ses manuscrits. Avec le temps, elle en vint surtout à reprocher à son mari de s'enfermer des heures de plus en plus longues dans son bureau. Tout ce temps consacré à écrire lui était retranché. Elle en conçut une jalousie féroce d'autant qu'elle n'avait pas de dérivatif à l'ennui qui la prenait dès le milieu de la journée. Sa belle-mère qui s'éteignait doucement n'était plus une compagnie valable. Marguerite de Lauzun mourrait d'ennui ; sa langueur se conjuguait au singulier. Ah, si seulement, elle avait pu avoir un enfant ! Depuis cinq ans, elle espérait en la venue d'un fils. Mais la nature ne lui accordait pas ce qu'elle désirait. Elle en parla à son mari qui ne semblait pas être chagriné par l'absence d'héritier. Elle comprit que son œuvre lui suffisait.


Enfin en 1927, un fils vint au foyer de la famille Lauzun à la grande joie de Marguerite qui se trouva un sujet d'attention continu. Cet enfant devint sa raison de vivre car il prit d'emblée toute la place que Théodore n'occupait plus. L'homme s'enfermait non seulement dans son bureau toute la journée pour paraître aux repas, mais il se tint reclus aussi en lui-même, s'abîmant par son monde intérieur ; au fil du temps, il devint plus mutique, plus sombre aussi. La venue de son fils ne corrigea pas cette tendance générale.


Il regardait certes son rejeton avec curiosité, mais le babillage de l'enfant n'était pas de taille à rivaliser avec le flot interrompu de ses monologues intérieurs.

 

Le divorce des époux Lauzun

La situation se maintint ainsi durant neuf ans. Les époux ne partageaient plus grand chose. Un jour, Marguerite décréta qu'elle devait habiter à Paris pour l'éducation de leur fils. Son mari s'y opposa fermement. L'enfant et sa mère n'avaient rien à y faire. On ne vivait bien qu'aux Ormes. Il ne considéra nullement l'isolement de sa femme et de son fils dans cette grande maison. L'homme était devenu un parfait égoïste, c'est à dire tout tourné vers la seule chose qui avait du sens pour lui : ses manuscrits. Pour autant, chaque chose devait rester à sa place.


Du point de vue de Marguerite, cette opposition lui parut injustifiée car elle ne réclamait rien depuis longtemps. Son fils lui donnait tout. De toute manière, on n'a aucune exigence face à un homme qui n'a rien à vous offrir. Un arbre sec, un amour mort... Elle prit le conseil d'un avoué qui lui conseilla la seule solution pour échapper au veto d'un mari : le divorce. Il ne serait pas difficile de l'obtenir eu égard aux écrits sulfureux qui avaient détruit leur couple. Pour elle, cela signifiait la mise au banc de la société ; mais Marguerite avait d'ores et déjà été mise de côté aux Ormes. Elle était habituée à être jugée en paria. D'ailleurs à Paris, la situation serait plus aisée à dissimuler. Elle considéra qu'elle avait tout à y gagner. Son temps auprès de Théodore avait sonné...

 

Elle demanda le divorce en se fondant sur la faute de l'époux. Elle l'obtint avec la garde exclusive de l'enfant. Elle se vit allouée une rente confortable compte tenu du préjudice que la femme de l'écrivain sulfureux avait subi durant ces années de mariage. C'est ainsi que les Ormes devinrent totalement silencieux. Il ne restait à Théodore qu'à publier ses œuvres se considérant délié de toute promesse. Son troisième roman, Envers et contre tout fut publié en 1928, Radicalité en 1931, puis la lyre face au sabre en 1933. Il revendiqua son côté sulfureux...

 

 

Marie Aragnieux

 

 

 

sources :

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/5123/573_584.pdf?...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Versailles#Accueil_et_cons.C3.A9quences

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_bourses_de_valeurs#La_tr.C3.A8s_forte_croissance_des_.22ann.C3.A9es_folles.22

 

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