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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La parole donnée à l'accusé (Stendhal)

Le thème de la justice dans la littérature nous conduit à découvrir une très belle déclaration d'un accusé. Il s'agit de Julien Sorel dans le Rouge et le Noir de Stendhal.

Le rouge et le noir, le film de Claude Autant-Lara (1954), avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux

 

repère : thème de la justice : présentation

Dans l'article précédent, nous avons vu la plaidoirie d'un mauvais avocat dans l'affaire Crainquebille, découvrons aujourd'hui la déclaration faite par l'accusé lui-même puisque l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Déclaration

La Gazette vous offre de lire une très belle déclaration dans la littérature française. Retrouvez les propos d'un accusé célèbre : on y trouve les sentiments les plus élevés, des regrets,  de la sincérité, mais aussi une critique acerbe de la société française du XIXème siècle.
Julien Sorel
Nous avons étudié le personnage de Julien Sorel qui est accusé de tentative de meurtre sur la personne de Madame de Rênal. Partagez l'émotion perceptible envahissant la salle d'audience....
« Messieurs les jurés,
« L’horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s’est révolté contre la bassesse de sa fortune.

 

« Je ne vous demande aucune grâce, continua Julien en affermissant sa voix. Je ne me fais point illusion, la mort m’attend : elle sera juste. J’ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les respects, de tous les hommages. Mme de Rênal avait été pour moi comme une mère. Mon crime est atroce, et il fut prémédité. J’ai donc mérité la mort, messieurs les jurés. Quand je serais moins coupable, je vois des hommes qui, sans s’arrêter à ce que ma jeunesse peut mériter de pitié, voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure, et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société.

« Voilà mon crime, messieurs, et il sera puni avec d’autant plus de sévérité, que, dans le fait, je ne suis point jugé par mes pairs. Je ne vois point sur les bancs des jurés quelque paysan enrichi, mais uniquement des bourgeois indignés... »

Pendant vingt minutes, Julien parla sur ce ton ; il dit tout ce qu’il avait sur le cœur ; l’avocat général, qui aspirait aux faveurs de l’aristocratie, bondissait sur son siège ; mais malgré le tour un peu abstrait que Julien avait donné à la discussion, toutes les femmes fondaient en larmes. (...) »

Le Rouge et le Noir, Stendhal, IIème partie, Chapitre XLI, Le jugement : Wikisource

repère à suivre : la peine capitale

Retrouvez la plaidoirie d'un avocat (Anatole France)

 

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Jean-Yves 17/02/2010 14:49



Parfois, tout est dans la façon de le dire, peu importe le contenu ...
Jean-Yves



LITTERATUS 17/02/2010 17:06


Je dirais que le fond est aussi important que la forme...


lyly 10/02/2010 16:46


Bonsoir L

ça m'a donné envie de le relire !
Je m'arrêterais sur ta conclusion car effectivement, quand un être parle avec la sincérité de son coeur alors il touche indéniablement, que l'on soit d'accord avec lui ou pas !
Bonne soirée, bises, Lyly


LITTERATUS 10/02/2010 17:01


Faire tomber son masque...


Pascal 09/02/2010 20:13


L'égalité des chances... vaste programme ! Surtout dans notre pays d'accueil...
Sinon ca a un peu vieilli Stendhal, non? Mais bon, je suis pas objectif...
a+


LITTERATUS 10/02/2010 17:03


Un peu ou l'art de la litote ! Ta sincérité t'honore !


martine 09/02/2010 15:25


Plaidoirie pour la mort ou pour l'amour ?


LITTERATUS 09/02/2010 15:43


à ce moment précis, Julien prend du relief et cesse d'être l'ambitieux forcené qu'il a été : il se surprend à être heureux dans le minimum de temps qui lui reste à vivre : "Allons, tout va bien, se
dit-il, je ne manque point de courage. " (dernier chapitre)


lizagrèce 09/02/2010 14:10


"Plaider coupable" - c'est sur cette notion que le droit anglo-saxon ets basé ... et ce sera ainsi en droit français si les juges d'instruction disparaissaient.  Julien Sorel était sans doute
un précurseur .


LITTERATUS 09/02/2010 14:28


Il ne voulait plus vivre devant l'énormité de son acte...