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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 07:29

La Gazette vous offre de lire une très belle déclaration dans la littérature française. Retrouvez les propos d'un accusé célèbre : on y trouve les sentiments les plus élevés, des regrets,  de la sincérité, mais aussi une critique acerbe de la société française du XIXème siècle.
 Julien Sorel est accusé de tentative de meurtre sur la personne de Madame de Rênal. Partagez l'émotion perceptible envahissant la salle d'audience....
« Messieurs les jurés,
« L’horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s’est révolté contre la bassesse de sa fortune.

« Je ne vous demande aucune grâce, continua Julien en affermissant sa voix. Je ne me fais point illusion, la mort m’attend : elle sera juste. J’ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les respects, de tous les hommages. Mme de Rênal avait été pour moi comme une mère. Mon crime est atroce, et il fut prémédité. J’ai donc mérité la mort, messieurs les jurés. Quand je serais moins coupable, je vois des hommes qui, sans s’arrêter à ce que ma jeunesse peut mériter de pitié, voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure, et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société.

« Voilà mon crime, messieurs, et il sera puni avec d’autant plus de sévérité, que, dans le fait, je ne suis point jugé par mes pairs. Je ne vois point sur les bancs des jurés quelque paysan enrichi, mais uniquement des bourgeois indignés... »

Pendant vingt minutes, Julien parla sur ce ton ; il dit tout ce qu’il avait sur le cœur ; l’avocat général, qui aspirait aux faveurs de l’aristocratie, bondissait sur son siège ; mais malgré le tour un peu abstrait que Julien avait donné à la discussion, toutes les femmes fondaient en larmes. (...) »



Le Rouge et le Noir, Stendhal, IIème partie, Chapitre XLI, Le jugement : Wikisource

gazette-tetiere.jpgRetrouvez la plaidoirie d'un avocat dans l'affaire Crainquebille La justice humaine (IV) : la plaidoirie d'un avocat (Anatole France)

 

Par LITTERATUS - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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Commentaires

Parfois, tout est dans la façon de le dire, peu importe le contenu ...
Jean-Yves

Commentaire n°1 posté par Jean-Yves le 17/02/2010 à 14h49
Je dirais que le fond est aussi important que la forme...
Réponse de LITTERATUS le 17/02/2010 à 17h06
Bonsoir L

ça m'a donné envie de le relire !
Je m'arrêterais sur ta conclusion car effectivement, quand un être parle avec la sincérité de son coeur alors il touche indéniablement, que l'on soit d'accord avec lui ou pas !
Bonne soirée, bises, Lyly
Commentaire n°2 posté par lyly le 10/02/2010 à 16h46
Faire tomber son masque...
Réponse de LITTERATUS le 10/02/2010 à 17h01
L'égalité des chances... vaste programme ! Surtout dans notre pays d'accueil...
Sinon ca a un peu vieilli Stendhal, non? Mais bon, je suis pas objectif...
a+
Commentaire n°3 posté par Pascal le 09/02/2010 à 20h13
Un peu ou l'art de la litote ! Ta sincérité t'honore !
Réponse de LITTERATUS le 10/02/2010 à 17h03
Plaidoirie pour la mort ou pour l'amour ?
Commentaire n°4 posté par martine le 09/02/2010 à 15h25
à ce moment précis, Julien prend du relief et cesse d'être l'ambitieux forcené qu'il a été : il se surprend à être heureux dans le minimum de temps qui lui reste à vivre : "Allons, tout va bien, se dit-il, je ne manque point de courage. " (dernier chapitre)
Réponse de LITTERATUS le 09/02/2010 à 15h43
"Plaider coupable" - c'est sur cette notion que le droit anglo-saxon ets basé ... et ce sera ainsi en droit français si les juges d'instruction disparaissaient.  Julien Sorel était sans doute un précurseur .
Commentaire n°5 posté par lizagrèce le 09/02/2010 à 14h10
Il ne voulait plus vivre devant l'énormité de son acte...
Réponse de LITTERATUS le 09/02/2010 à 14h28
Belle défense ! surtout lorsqu'on n'a rien à perdre ! sublime...
Commentaire n°6 posté par Val le 09/02/2010 à 13h22
Julien devient à ce moment-là lui-même ! Certains n'accèdent jamais à cette vérité dans leur vie...
Réponse de LITTERATUS le 09/02/2010 à 14h27
Admirable Stendhal! La clarté, la justesse et la calme distance pour décrire les volcans en éruption... (il était le préféré de Gilbert...)
Les propos de Julien sur cette "lutte des classes deviennent actuels! (plutôt sont toujours restés...) 
Commentaire n°7 posté par flora le 09/02/2010 à 10h51
Fans du Beylisme, unissons-nous  !
Réponse de LITTERATUS le 09/02/2010 à 14h22
 
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