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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 07:35

 

La Gazette vous propose d'assister au procès d'un accusé d'un genre particulier qui refuse d'assurer sa défense... Un sourd, un désespéré, nullement !

 

Il s'agit d'un litige dirigé contre un chien ! Oui, vous avez bien lu ! Découvrez un extrait d'une pièce comique d'Aristophane intitulée Les Guêpes.*

 

Précisons brièvement l'intrigue : Bdélykléôn retient enfermé son père, Philokléôn, chez lui. Ce dernier, juge de son état, est atteint d'une maladie grave qui consiste à vouloir rendre la justice toute la journée...

En désespoir de cause, son fils lui propose de se pencher sur le cas d'un larcin commis par Labès, le chien de la maisonnée....

 

Un procès surréaliste ! Appréciez l'impartialité du juge et découvrez le témoin providentiel dans cette intéressante affaire...

  ***

« Bdélykléôn : Non pas, mais il me paraît être dans la même situation que jadis Thoukydidès accusé. Ses mâchoires furent tout à coup paralysées. Retire-toi; c'est moi qui présenterai ta défense. Il est difficile, citoyens, de faire l'apologie d'un chien calomnié; je parlerai cependant. C'est une bonne bête, et il chasse les loups.

 

Philokléôn : C'est un voleur et un conspirateur.

 

Bdélykléôn : Par Zeus! c'est le meilleur des chiens d'aujourd'hui, capable de garder de nombreux moutons.

 

Philokléôn : A quoi cela sert-il, s'il mange le fromage?

 

Bdélykléôn : Oui, mais il se bat pour toi, il garde la porte, et il excelle dans tout le reste. S'il a fait un larcin, pardonne-lui. Il est vrai qu'il ne sait pas jouer de la kithare**.

 

Philokléôn : Moi, je voudrais qu'il ne sût pas lire, pour ne pas nous faire l'apologie de son crime.

 

Bdélykléôn : Écoute, juge équitable, mes témoins. Monte, racloir à fromage, et parle à haute voix. Tu exerçais alors la charge de payeur : réponds clairement. N'as-tu pas raclé les parts que tu avais reçues pour les soldats? Elle répond qu'elle les a raclées.

 

Philokléôn : Mais, par Zeus! elle ment.

 

Bdélykléôn : Juge compatissant, prends pitié des malheureux. Notre Labès ne vit que de têtes et d'arêtes de poissons; jamais il ne demeure en place. L'autre n'est bon qu'à garder la maison : il reste là, attendant ce qu'on apporte et en demandant sa part; autrement, il mord.

 

Philokléôn : Ouf! quel mal me prend qui fait que je m'attendris? Le malaise dure, et je me sens convaincre.

 

Bdélykléôn : Ah! je t'en conjure, pitié pour lui, mon père ! Ne le sacrifiez point. Où sont les enfants? Montez, malheureux! jappez, priez, suppliez et pleurez! » (...)

 

Épilogue : Philokléôn se laissant attendrir va finir par acquitter le pauvre chien tout en conservant des scrupules : « Comment, en face de moi-même, supporterai-je l'idée d'avoir absous un accusé? Qu'adviendra-t-il de moi? O dieux vénérés, accordez-moi mon pardon : c'est malgré moi que je l'ai fait: ce n'est pas mon habitude... »

 

* Les Guêpes D'Aristophane (423 avant JC) est une véritable satire de la corporation judiciaire. Elle inspirera Racine avec Les plaideurs.  La justice humaine (II) : les plaideurs (Racine)gazette-tetiere.jpg

** instrument à musique.

 

 

Par LITTERATUS - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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Commentaires

quelle idee de un proces a un chien..

 

Commentaire n°1 posté par chacha le 11/02/2010 à 13h43
Pourquoi se l'interdire ?
Réponse de LITTERATUS le 11/02/2010 à 14h34
j'ai passe un bon moment a lire le dialogue de bdelykleon et philokleon...
merci
Commentaire n°2 posté par chacha le 11/02/2010 à 13h34
J'en suis ravie ! merci de ton passage...
Réponse de LITTERATUS le 11/02/2010 à 14h33
Aristophane était un américain ?! Il n'y a que les Américains pour avoir l'idée de faire un procès à un chien ! Dur les nom des perosnnage !
Jean-Yves
Commentaire n°3 posté par Jean-Yves le 09/02/2010 à 12h14
Si ton argument est vrai, je pense que ce n'est pas pour les mêmes raisons : il s'agit d'une satire pour Aristophane et une pseudo histoire pour les "chefs d'œuvre" de certains studios de cinéma américains...
Réponse de LITTERATUS le 09/02/2010 à 14h25
On se trouve toujours devant le même dilemme : absoudre un accusé  ou condamner un innocent ! dure justice...
Commentaire n°4 posté par Natlie le 06/02/2010 à 19h41
Même constat sous toutes les latitudes ! l'effet comique provient de la "personnalité" de l'accusé !
Réponse de LITTERATUS le 07/02/2010 à 12h11
Quelle clémence ! Même le racloir à fromage est épargné ....
Commentaire n°5 posté par lizagrèce le 05/02/2010 à 21h25
Mais il l'a échappé de peu...
Réponse de LITTERATUS le 06/02/2010 à 12h05
Et Napoléôn, ce serait pas le père de Philokléôn des fois ?
Intéressant de voir que cette injustice pourrait provoquer la peur des Dieux... il ferait mieux d'avoir peur de sa conscience. Mais quelle diférence entre Dieu et nos consciences, hein? a+
Commentaire n°6 posté par Pascal le 05/02/2010 à 20h05
Quel parallèle intéressant ! On touche à des questions métaphysiques : la conscience/Dieu. Cet article aura suscité des réactions épatantes...
Réponse de LITTERATUS le 06/02/2010 à 12h05
La justice est peut-être aveugle mais quelquefois surtout obstinée à ne pas "se déjuger"...
Commentaire n°7 posté par flora le 05/02/2010 à 17h44
La justice a prévu l'examen des affaires par deux degrés de juridiction, première instance et l'appel : l'idée même de réformer des décisions n'équivaut pas à se déjuger ... Cela donne au contraire un vrai souffle de vérité ! Dommage que certaines affaires doivent prendre du temps (trop) et causer beaucoup de dommages pour faire triompher la vérité !
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 18h11
Que de souvenirs ! Les Guêpes d'Aristophane est l'une des premières pièces que le groupe de théâtre auquel j'appartenais avait monté...
J'écrase une tite larme et e te fais des bises.
Commentaire n°8 posté par martine le 05/02/2010 à 14h55
Je ne pensais pas toucher autant avec ce texte ! Je suis con-tente
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 15h31
Bonjour L

Ceci manquait à ma culture (comme beaucoup de choses d'ailleurs!)

mais tu es là !! On aura tout vu, grâce à toi

MERCI pour tes articles si intéressants, bises, Lyly
Commentaire n°9 posté par lyly le 05/02/2010 à 14h10
C'est adorable de me dire cela...
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 15h29
De mes lectures des auteurs antiques, je n'ai retenu que la tragédie grecque (Sophocle) ou bien les grandes épopées style L'Enéide...
Je serais bien tentée de me replonger dans ces anciennes références pour savourer cet humour qui n'a pas vieilli ! 
Commentaire n°10 posté par Marie le 05/02/2010 à 11h16
Je partage ton point de vue...
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 11h31
De mes lectures des auteurs antiques, je n'ai retenu que la tragédie grecque (Sophocle) ou bien les grandes épopées style L'Enéide...
Je serais bien tentée de me replonger dans ces anciennes références pour savourer cet humour qui n'a pas vieilli ! 
Commentaire n°11 posté par Marie le 05/02/2010 à 11h15
Je garde un souvenir ému de l'Eneide étudié laborieusement en latin.   J'ai le souhait de consacrer un numéro aux Mythes. Il reste à le programmer...
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 11h30
Le chien est acquitté ! ouf ...
Commentaire n°12 posté par Val le 05/02/2010 à 10h52
tout est bien qui finit bien...
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 11h17
Etonnant ! La lecture de ce procès doucement délirant m'a fait sourire tout en ressentant de l'empathie pour toutes ces maladies mentales contre lesquelles on est peu armé encore aujourd'hui.
Ceci dit, on n'est quand même pas loin de la réalité puisqu'un chien avait été appelé comme témoin dans une affaire de suicide (ou de meurtre, là était la question !), il n'y a pas si longtemps que ça ! Alors... celui qui qui délire n'est pas forcément celui que l'on croit !
Commentaire n°13 posté par ASP le 05/02/2010 à 10h26
Quelle histoire ! un chien présent dans une réelle affaire ! La littérature serait moins délirante que la vie ....merci pour ce commentaire enlevé !!
Réponse de LITTERATUS le 05/02/2010 à 10h45
 
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