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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La justice humaine face au despotisme (Andrieux)

La justice dans la littérature nous amène à aborder la question de la politique. Comment la justice humaine peut-elle contrecarrer le pouvoir du roi ? Retrouvez l'histoire du meunier de Sans-Souci...

   

thème, justice, moulin, livres, meunier, sans souci

                  

repère : thème de la justice : présentation

Dans l'article précédent, il a été question des jugements de Cour avec La Fontaine, aujourd'hui il sera question de despotisme. Connaissez-vous le Meunier de Sans-Souci ?

Le Meunier de Sans-Souci 

Le roi de Prusse voulait agrandir son domaine de Sans-Souci, mais un moulin gênait ses projets. Frédéric II fait convoquer le meunier et lui offre une somme importante pour acquérir le terrain.

Celui-ci s'obstine à demeurer dans les lieux, refusant la proposition alléchante du souverain.

Dispute

Une dispute célèbre va opposer le roi au meunier dans les termes suivants rapportés par Andrieu, poète dramatique :

"(...) On avait fait des plans, fort beaux sur le papier,

Où le chétif enclos se perdait tout entier.
Il fallait sans cela renoncer à la vue,
Rétrécir les jardins et masquer l’avenue.
  Des bâtiments royaux l’ordinaire intendant
Fit venir le meunier, et d’un ton important :
« Il nous faut ton moulin ; que veux-tu qu’on t’en donne ? —
Rien du tout ; car j’entends ne le vendre à personne.
Il vous faut, est fort bon... mon moulin est à moi...
Tout aussi bien, au moins, que la Prusse est au roi. —
Allons, ton dernier mot, bon homme, et prends-y garde. —
Faut-il vous parler clair ? — Oui. — C’est que je le garde :
Voilà mon dernier mot. » Ce refus effronté
Avec un grand scandale au prince est raconté.
Il mande auprès de lui le meunier indocile,
Presse, flatte, promet ; ce fut peine inutile :
Sans-Souci s’obstinait. « Entendez la raison,
Sire, je ne peux pas vous vendre ma maison :

Mon vieux père y mourut, mon fils y vient de naître ;
C’est mon Potsdam, à moi. Je suis tranchant peut-être :
Ne l’êtes-vous jamais ? Tenez, mille ducats,
Au bout de vos discours ne me tenteraient pas.
Il faut vous en passer, je l’ai dit, j’y persiste. »
  Les rois malaisément souffrent qu’on leur résiste.
Frédéric, un moment par l’humeur emporté :
« Parbleu, de ton moulin c’est bien être entêté ;
Je suis bon de vouloir t’engager à le vendre !
Sais-tu que sans payer je pourrais bien le prendre ?
Je suis le maître.Vous !... de prendre mon moulin ?
Oui, si nous n’avions pas des juges à Berlin. »

 

 Le monarque, à ce mot, revient de son caprice.
Charmé que sous son règne on crût à la justice,
Il rit, et se tournant vers quelques courtisans :
« Ma foi, messieurs, je crois qu’il faut changer nos plans.
Voisin, garde ton bien ; j’aime fort ta réplique. »

  Qu’aurait-on fait de mieux dans une république ?
Le plus sûr est pourtant de ne pas s’y fier :
Ce même Frédéric, juste envers un meunier,
Se permit maintes fois telle autre fantaisie :
Témoin ce certain jour qu’il prit la Silésie ;
Qu’à peine sur le trône, avide de lauriers,
Epris du vain renom qui séduit les guerriers,
II mit l’Europe en feu. Ce sont là jeux de prince ;
On respecte un moulin, on vole une province. »

François Andrieux (1759-1833), Le meunier de Sans-Souci, anecdote, wikisource.

 

  repère à suivre : l'étude 

 

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PAscal 20/02/2010 15:33


Franchement je la trouve pas mal cette barre OB, elle me semble assez utile (y compris sur mon blog d'ailleurs). J'ai bien compris que cela en perturbait certains, je respecte leur point
de vue - bien entendu - mais n'ai pas tout à fait cerné où était exactement le souci. La barre incite au partage et échanges et ç bien le but d'un blog... mais bon. A suivre et a+
PS: tu en penses quoi, toi?


LITTERATUS 20/02/2010 17:56


La même chose !


Pascal 19/02/2010 20:37


Alors:
1. D'abord, j'ai jamais dit ca...
2. L'article est un poil long. Et je crois que tu appeles cela une litote... d'ou l'expression avoir une tete de litote.
3. La premiere illustration 'labyrinthe...' est tres bien.
Je suis fatigué... A+


LITTERATUS 20/02/2010 12:35


Repose-toi ce we ! amitiés


Quichottine 19/02/2010 18:20


Pas de souci, tu sais, tu peux garder la barre. Moi, ce sont uniquement les liens externes qui me gênent. Passe une belle soirée, Litteratus.


LITTERATUS 19/02/2010 18:22


Bonne soirée à toi aussi !


martine 19/02/2010 15:36


Merci à toi et à ton blog, je suis chaque jour un peu plus riche...
Bises


LITTERATUS 19/02/2010 18:06


Des encouragements comme cela, on en redemande... Un grand merci !


Quihottine 19/02/2010 12:39


Tu avais des renseignements incomplets et je te prie de m'en excuser.

Je complète ici.

Lorsque tu laisses les liens externes activés sur la barre OB, tu imposes cette barre aux visiteurs qui cliquent sur des liens chez toi, elle les suit dans leur voyage bloguesque et les empêche de
trouver facilement l'adresse d'un article qui leur plaît.

Est-ce vraiment ce que tu désires ?

Bien sûr, chacun fait ce qui lui plaît.

Passe une bonne journée.


LITTERATUS 19/02/2010 18:07


Je te remercie de toutes ces précisions. Pour être franche, je n'ai pas d'opinion formée sur le bien fondé ou non de cette barre OB ...

Avis aux lecteurs de la Gazette, si vous avez des objections, dîtes-le moi afin de la supprimer le cas échéant !