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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La justice en vers et contre tout

Il vous est proposé de retrouver deux célèbres poésies sur le thème de la justice humaine.               

                         

              (Code Hammurabi, roi de Babylone, Louvre)

repère : thème de la justice : vers et prose

Dans l'article précédent, nous avons achevé notre étude sur l'injustice humaine, il nous reste à compléter notre thématique en retrouvant deux poèmes mythiques.

Villon

La Gazette vous propose de lire l'épitaphe du poète François Villon, qu'il a écrite alors qu'il s'attendait à être pendu. Vous percevrez l'émotion du poète au destin tragique donnant la parole à des pendus qui ne contestent pas la sentence proclamée. 

Le lecteur est invité à ne pas entrer dans la « confrérie » des réprouvés qui tentent de se racheter...

"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice.
Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.

Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! "

Épitaphe ou ballade des pendus, de François Villon

https://fr.wikisource.org/wiki/Ballade_des_pendus

 

Prudhomme

Après Villon, il vous est proposé de lire s un extrait de ce poème tombé dans l'oubli dédié à la justice ... Il est pourtant remarquable à plus d'un titre. L'exclamation du premier vers, octosyllabe, nous interpelle comme il le devrait. 

"La justice est un cri du cœur !
Déjà l'enfant qu'à tort tu grondes
En entend les rumeurs profondes
S'amasser contre ta rigueur ;


Dans le jeune homme au fier courage,
Quand le droit se lève outragé,
Le front a reconnu l'outrage,
Mais c'est le cœur qui l'a vengé ;


Chez l'homme où la dignité mûre
Contraint la fougue à réfléchir,
Quand le front a pesé l'injure,

C'est le cœur qui l'en fait rougir !


Ô science, prisme où se glace
Tout rayon qui passe au travers !

La Justice, veille I, Commencements, Sully Prudhomme (1878) Wikisource

gazette-tetiere.jpgSi vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être Les épitaphes, sources de divertissement (VII)

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Jean-Yves 02/03/2010 12:21


J'ai déjà beaucoup de mal à saisir la poèsie, parfois, et là sur ce thème, je n'arrive pas àme concentrer sur le texte... je passe.
Jean-Yves


LITTERATUS 02/03/2010 15:01


Tu as raison de passer si cela ne t'accroche pas ...


lyly 24/02/2010 11:30


Bonjour L

De très intéressantes découvertes pour lesquelles je te remercie

Belle journée, bises, Lyly


LITTERATUS 24/02/2010 20:08


Encore merci pour ta gentillesse !


flora 24/02/2010 09:22


Villon nous touche, intact, à travers les siècles, avec notre science de l'avenir (connaissant un peu sa vie) et surtout, avec son humanité infinie : les irréprochables, d'un côté, et les
justiciables balançant au bout de la corde : tous des frères humains!


LITTERATUS 24/02/2010 20:08


J'aime tellement la justesse de vos propos...


Pascal 23/02/2010 19:47


D'ou les célèbres conseils de Prud'hommes... non?


LITTERATUS 23/02/2010 20:13


Calembours, toujours...


martine 23/02/2010 15:32


J'ai, et depuis longtemps, une passion pour Villon, par contre je ne connaissais pas ce poème de Sully Prudhomme...
Alors une fois de plus, merci !


LITTERATUS 23/02/2010 16:11


Tant mieux !