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Gazette littéraire

La folie de Septimus Waren Smith (V. Woolf)

 

La folie de Septimus Waren Smith (V. Woolf)

 

Repères : thème de soi : l'étude

 

Résumé : il a été précisé dans l'article précédent la coexistence de nombreux monologues de personnes qui se croisent par hasard au sein d'une même journée d'été. Mrs Dalloway s'abîme dans ses pensées avant qu'un événement ne la divertisse et ne fasse pencher la narration vers un autre personnage, Septimus Warren Smith, double de Virginia Woolf...

 

La dépression d'un soldat

Pour le jeune Septimus Warren Smith, ancien poilu traumatisé par la guerre, le spectacle assourdissant de la voiture fait naître en lui un effroi. Il se sent menacé, il perd ses repères en se plaçant toujours au cœur du feu des combats. Sa femme ne sait plus comment se comporter avec lui. Elle l'emmène à Regent Park avant la tenue d'un rendez-vous chez un éminent spécialiste. Entre temps, elle met tout en œuvre pour le détourner de ses pensées morbides. Mais ce dernier ne peut pourtant pas s'en détacher : il parle tout seul à un camarade mort au combat, il est victime d'hallucinations, il forme le projet de se tuer. Il a bel et bien sombré dans la folie. Le jeune homme est en effet persuadé d'être le détenteur de la vérité des choses :

« Tout d'abord, que les arbres sont vivants ; ensuite l'amour ; ensuite, que le crime n'existe pas ; ensuite l'amour, l'amour universel, marmonnait-il, en haletant, en tremblant, en extirpant à grand-peine ces vérités profondes qui réclamaient, tant elles étaient difficiles, un immense effort pour les énoncer ; mais le monde était métamorphosé par elles à jamais. »(page 149)


A midi au son de Big Ben, les époux Warren Smith rencontrent le spécialiste dans sa demeure chic de Harley Street. Il ne faut pas deux minutes au médecin pour diagnostiquer la dépression nerveuse et physique de Septimus et l'inviter, sans percevoir nullement l'urgence de la situation, dans une de ses cliniques de repos huppées. Il laisse ainsi repartir le malade avec ses pulsions suicidaires au grand dam de l'épouse. Cette dernière se trouve seule face à son mari : il passera à l'acte peu de temps après...

 

L'effet de miroir de Septimus en Mrs Dalloway

On ne saura le triste dénouement de cette affaire qu'au cours de la réception brillante de Mrs Dalloway. Cette annonce funeste résonne en elle au point de susciter un sentiment ambigu : elle éprouve de l'effroi, répugnant devoir la mort s'inviter dans sa réception mais curieusement, elle ressent également du plaisir. Clarissa entretient avec la mort un sentiment complexe. Elle reconnaît dès le début du roman qu'il est « dangereux de vivre » même un seul jour (page 68).

 

C'est la vie qui lui crée des angoisses et non la mort. Pour venir à cet étrange paradoxe effroi/plaisir, elle dresse un parallèle entre elle et ce parfait inconnu :

« Il y avait une chose qui comptait ; une chose qui, dans sa vie à elle, se trouvait camouflée par les vains bavardages, déformée, obscurcie, une chose qui se perdait tous les jours dans la corruption, les mensonges, les vains bavardages. Lui l'avait préservée. La mort était un défi. La mort était un effort pour communiquer. Les gens sentaient l'impossibilité d'atteindre ce centre qui, mystérieusement, leur échappait ; la proximité devenait séparation ; l'extase passait ; on était seul. Il y avait dans la mort une étreinte. » (page 307).


La mort est une étreinte pour Mrs Dalloway, un soulagement, une plénitude.


Cette réception voit aussi la venue de Peter Walsh, invité -au dernier moment- par l'héroïne de ce roman. Mais qui est ce personnage si ce n'est, lui-même, le miroir sans complaisance de Mrs Dalloway ?


Repères à suivre : l'étude : Peter Walsh, l'homme éconduit (V.Woolf)

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