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Publié par Litteratus

 

 

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repères : Tour d'Angleterre : le Surrey

Résumé : Johnston Park dans le Surrey, est une magnifique demeure du 18ème siècle dotée d'une collection impressionnante de toiles de maîtres. Un tableau particulièrement est mis en valeur, c'est le portrait de Lady Catherine Johnston, aïeule de la famille, peinte par Gainsborough. Les deux enfants du Lord Johnston, Charles et Thomas, connaissent une rivalité qui est attisée par la transmission de l'intégralité du patrimoine à l'aîné. Le cadet ne peut s'empêcher de se considérer comme lésé. Les années passent et les deux fils entrent dans de prestigieux établissements. Puis pour parfaire son éducation mondaine, les parents de Charles lui loue un appartement à Londres. Ce dernier qui a toujours eu la passion pour le dessin entreprend de se mettre à la peinture et vit une vie de bohème loin de Johnston Park. Mais la seconde guerre mondiale voit les deux frères versés dans des corps d'armée différents. L'aîné occupe un poste de bureau à l'Amirauté où il côtoie Winston Churchill. Il reprend sa vie d'artiste à ses heures perdues. Thomas est incorporé dans la 8ème armée de Montgommery. Johnston Park est transformé en hôpital. Le 14 décembre 1945, Lord Johnston décède et Charles n'a dès lors plus aucune raison valable de rester à Londres. Il doit assumer les responsabilités différées pour cause de guerre. Mais le cadeau semble bien empoisonné.

***

La fin de la guerre laissa l'Angleterre dans une situation économique délicate. On manquait de tout. Les tickets de rationnement continueraient à avoir cours bien des années durant. C'est dans ce contexte que le 14 octobre 1945, Lord Johnston s'éteignit doucement. Charles n'eut plus aucune raison valable à opposer pour demeurer plus longtemps à Londres. Il devait assumer les responsabilités différées pour cause de guerre. Mais le cadeau lui sembla bien empoisonné...


L'état délabré de la bâtisse par l'absence de travaux d'entretien consternait tout spectateur avisé des ors de l'ancien temps. Par ailleurs les revenus des bois et des fermages suffisaient à peine à couvrir les dépenses de fonctionnement. Les travaux de couverture de la demeure qui prenait l'eau étaient à mettre en œuvre sans délai. Mais avec quel argent ? Résigné, Charles commença alors à vendre ce qui avait de la valeur même si le marché des œuvres d'art n'était guère florissant en Angleterre. C'est ainsi que dès le début de 1946, la galerie du manoir fut progressivement vidée de ses meubles. La toiture avait pu être rafistolée en attendant mieux. Mais l'intérieur de la bâtisse donnait des signes de délabrement et le jardin n'était plus dignement entretenu. Il fallait encore faire des sacrifices. « Vendre, encore vendre, »se plaignait Charles amèrement ! Il retarda l'échéance mais, en 1947, il dut se résigner à céder ce qui lui arracha bien des larmes, des peintures. 


La première qu'il mit sur sa liste fut celle de l'aïeule peinte par Gainsborough. Il trouva que le sacrifice lui serait moins pénible. Il ne l'avait jamais aimée. Il fit décrocher le tableau, déposa le cadre, puis examina, en connaisseur, l'œuvre pour la première fois de sa vie. Il chercha la signature du maître sur le côté droit, sous le vernis sombre, à la loupe. « Il n'y a rien ; l'œuvre n'est pas signée ! » se dit-il.Ilpesta intérieurement contre la croyance religieuse de la famille qui lui avait fait prendre des vessies pour des lanternes. Tant de sermons déployés devant une simple copie du maître. « Quelle ironie ! »pensa-t-il amèrement. Dépité, il fit raccrocher la toile.


Mais cela n'arrangea pas ses finances. C'est ainsi que Charles fut amené à se séparer de ses plus belles pièces. Il vendit d'abord les œuvres dont il jugea qu'il pouvait se défaire sans trop souffrir. Mais cela ne suffit plus. Il dut céder même celles qui étaient chères à son cœur. Au bout de plusieurs années, il ne restait dans cet immense hall aux couleurs délavées par le temps que l'inénarrable aïeule avec son allure pleine de fierté qui n'avait plus cours. Il la haïssait désormais cordialement. Mais au fond de toutes choses, il ressentait son échec dans la gestion de cet héritage empoisonné. La question lancinante que Charles se posait était celle de savoir si son cadet, dans les mêmes circonstances, aurait fait mieux.

Il revit enfin son frère.

 

repères à suivre : Johnston Park (5)

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