La faillite d'un commerce (Daudet)

 

La ruine d'une famille

(Repères : thème du commerce dans la littérature)

 

Après les savantes opérations financières, voyons la faillite d'un commerce qui ne peut prospérer du fait des malheurs de la vie et des péripéties économiques.


Daudet dans le Petit chose nous montre la ruine du père vu par son fils.


La déconfiture obligera la famille à se séparer, chacun devant se mettre à travailler pour survivre. Une vie de msière...


***

"Mon père, M. Eyssette, qui faisait à cette époque le commerce des foulards, avait, aux portes de la ville, une grande fabrique dans un pan de laquelle il s’était taillé une habitation commode, tout ombragée de platanes, et séparée des ateliers par un vaste jardin. C’est là que je suis venu au monde et que j’ai passé les premières, les seules bonnes années de ma vie. Aussi ma mémoire reconnaissante a-t-elle gardé du jardin, de la fabrique et des platanes un impérissable souvenir, et lorsque à la ruine de mes parents il m’a fallu me séparer de ces choses, je les ai positivement regrettées comme des êtres. (...)

C’est une vérité, je fus la mauvaise étoile de mes parents. Du jour de ma naissance, d’incroyables malheurs les assaillirent par vingt endroits. D’abord nous eûmes donc le client de Marseille, puis deux fois le feu dans la même année, puis la grève des ourdisseuses, puis notre brouille avec l’oncle Baptiste, puis un procès très coûteux avec nos marchands de couleurs, puis, enfin, la révolution de 18..., qui nous donna le coup de grâce.

À partir de ce moment, le fabrique ne battit plus que d’une aile ; petit à petit, les ateliers se vidèrent ; chaque semaine un métier à bas, chaque mois une table d’impression de moins. C’était pitié de voir la vie s’en aller de notre maison comme d’un corps malade, lentement, tous les jours un peu. Une fois, on n’entra plus dans les salles du second. Une autre fois, la cour du fond fut condamnée. Cela dura ainsi pendant deux ans ; pendant deux ans, la fabrique agonisa. Enfin, un jour, les ouvriers ne vinrent plus, la cloche des ateliers ne sonna pas, le puits à roue cessa de grincer, l’eau des grands bassins, dans lesquels on lavait les tissus, demeura immobile, et bientôt, dans toute la fabrique, il ne resta plus que M. et Mme Eyssette, la vieille Annou, mon frère Jacques et moi ; puis, là-bas, dans le fond, pour garder les ateliers, le concierge Colombe et son fils le petit Rouget.

C’était fini, nous étions ruinés.(...)"


Le petit chose, Daudet, 1ère partie, ch 1 la fabrique

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Petit_Chose/Premi%C3%A8re_partie/1

 

 

Repères à suivre : lecture suivie : " le commerce est-il l'école de la tromperie ?

Tag(s) : #Vers et prose
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