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Gazette littéraire

La destinée malheureuse de deux cheminots (Zola, Nizan)

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L'ambivalence de la classe ouvrière, entre hériatge et fardeau

repères : thème de l'industrie : l'étude

 

Il a été indiqué dans l’article précédent que l’étude comparée de la Gazette porterait sur la question de l’ambivalence de l’appartenance à la classe ouvrière au travers de la lecture de deux romans emblématiques :

  •  La bête humaine, d’Emile Zola publié en 1890, qui appartient au dix-septième tome du cycle des Rougon-Macquart,
  •  Antoine Bloyé, de Paul Nizan, publié en 1933.

Nous avons évoqué le contexte de l’action, l’origine ouvrière de nos deux personnages, leur éducation et leur entrée dans une compagnie de chemin de fer. Il nous reste à voir la commune mauvaise destinée de Jacques Lantier et d’Antoine Bloyé.

***

Une hérédité de violence

C’est dans cette dernière partie de notre étude que le destin des deux héros se rejoigne dans un commun malheur.

Jacques Lantier, notre bête humaine, oxymore parfait, a reçu en héritage en plus de son origine ouvrière, un trouble psychiatrique qui le conduit à tenter d’assouvir des pulsions meurtrières. Le fardeau de cette affection est pesant depuis l’enfance ; le jeune homme a toujours eu conscience de ses propres pulsions et a cherché à s’isoler de ses congénères. La lucidité sur son mal l’a contraint à effectuer le choix de devenir mécanicien. Il tente d’échapper à son atavisme. Mais pour Zola, on ne se libère jamais de ses chaînes ; les lois de l’hérédité vous poursuivent toujours. C’est ainsi que Lantier passe à l’acte malgré lui. Le voilà pris par les tourments d’une pulsion irrépressible. L’instinct meurtrier qu’il a cherché à mettre à distance s’empare une nouvelle fois de lui. Il assassine alors Séverine Roubaud, sa maîtresse, celle qu’il aime et pour laquelle il était enfin prêt à tuer l’époux.

« (…) il venait d’être emporté par l’hérédité de violence, par ce besoin de meurtre qui, dans les forêts premières, jetait la bête sur la bête. » (page 393).

Le meurtrier s’enfuit….Il  ne se rend pas et laisse accuser un innocent à sa place. La vie ordinaire reprend ses droits en cette veille de déclaration de guerre avec les Prussiens et Jacques doit conduire une nouvelle locomotive conduisant des soldats. Cette dernière ne parvient pas à restaurer le lien  entre le mécanicien et le chauffeur. Une rivalité sourde oppose même les deux hommes qui vont se battre dans la cabine avant de tomber du train lui-même lancé à grande vitesse…

« Sans conducteur, au milieu des ténèbres, en bête aveugle et sourde qu’on aurait lâchée parmi la mort, elle roulait, elle roulait, chargée de cette chair à canon, de ces soldats, déjà hébétés de fatigue, et ivres, qui chantaient. » (chapitre 12 in fine)

Loin d’être fier de sa carrière, Antoine Bloyé est l’archétype du héros tourmenté par sa propre évolution. Il n’avait pas pressenti les scrupules et le mal-être qui allaient en découler. Sa vague ambition initiale n’était que de dépasser le poste de son père, sorte de vengeance bien puérile. Il réalisera non seulement ce projet mais bien plus, il atteindra un poste prestigieux avec les avantages de la fonction : un logement de maître, en centre-ville, loin de l’enceinte de la gare. Il vit une promotion sociale qui permet à l’ouvrier de devenir un bourgeois. Ce passage d’un état à l’autre ne se réalise pas sans peine. Si l’homme a reçu le fruit d’un travail de tous les instants ; il a suffisamment de scrupules pour apprécier modérément les bienfaits de sa position. La contrepartie l’oblige à vivre, à penser comme un bourgeois. Il s’agit bien d’un divorce avec lui-même auquel il est obligé de consentir. Il vit mal ce reniement avec son milieu ; il en éprouve de la colère, de l’amertume et de la résignation. Sa femme lui pose la question de savoir s’il est heureux :

« Quand Anne lui demande s’il se trouve heureux, il répond qu’il l’est, à peine y –a-t-il dans un recoin de sa personne une résistance, une petite force de protestation et d’angoisse solitaire qui est écrasée sous les tissus de l’homme social et qui ne demande qu’à grandir, qui ne peut pas mourir »(230).

Pire, Antoine Bloyé arrive à ne à plus vouloir de promotion par le haut (p 209). Il sera de ce point de vue entendu. Au cours de la Première Guerre Mondiale, l’homme sera sanctionné pour un défaut de fabrication et rétrogradé à un poste de seconde zone dans une obscure gare de la banlieue parisienne. Là il perd tous ses avantages et connaît un déclin : le pire qu’il connaisse, c’est l’ennui : sa fonction ne lui permet plus de s’absorber dans son travail. L’oisiveté le tient et il sombre dans la dépression. Sa vie lui paraît vide…. Il meurt avec ce sentiment de gâchis…

L’ambivalence de l’appartenance à la classe ouvrière figure donc bien dans ces deux romans, pour Lantier, c’est bien un héritage qu’il a reçu et dont il refuse de s’extraire du fait de sa maladie psychique héréditaire. Pour Bloyé, ce sentiment de re-classement a été un fardeau de toute une vie…

Repères à suivre : l’étude : sa synthèse 

 

Sources :

http://www.studyrama.com/IMG/pdf/oeuvre_zola_la-bete-humaine.pdf

http://actualitte.com/blog/hervebel/2012/02/le-roman-palpitant-dune-vie-ou-il-ne-se-passe-rien-antoine-bloye-de-paul-nizan/

 

http://www.rougon-macquart.com/personnages/macquart-antoine/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arts_et_M%C3%A9tiers_ParisTech

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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