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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La dernière demande du Prince heureux (Oscar Wilde)

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Repères : hors-série de l'hiver : le Prince Heureux (O. Wilde)


Dans l'article précédent, il a été montré la rencontre entre la statue du Prince Heureux revêtue de couches d'or et richement sertie de rubis et de saphirs qui est dotée du langage et de la sensibilité la plus exquise et d'une hirondelle un peu égoïste.

Le Prince interpelle l'oiseau et lui demande de porter le rubis de son épée à un pauvre enfant pauvre et malade. L'hirondelle éprouve un sentiment de bienfait. Mais elle doit poursuivre sa migration vers L’Égypte. Le Prince lui demande une deuxième fois de porter des saphirs logés dans ses yeux à un pauvre poète sans le sou et à une jeune vendeuse d'allumettes. Elle accède à sa demande en décidant de demeurer avec la statue devenue aveugle...

***

"-Chère petite Hirondelle, dit le Prince, vous me dites de merveilleuses choses, mais plus merveilleux est ce que supportent les hommes et les femmes. Il n'y a pas de mystère aussi grand que la misère. Vole par ma ville, petite Hirondelle, et dis-moi ce que tu y vois.
Alors la petite Hirondelle vola par la grande ville et vit les riches qui se réjouissaient dans leurs Palais superbes tandis que les mendiants étaient assis à leurs portes.

Elle vola par les ruelles sombres et vit les visages pâles d'enfants mourant de faim qui regardaient avec insouciance les rues noires.

Sous les arches d'un pont, deux petits enfants étaient couchés dans les bras l'un de l'autre pour tacher de se tenir chaud.

-Comme nous avons faim ! disaient-ils.

- Il ne faut pas rester couchés ici leur cria le sergent de ville.

Et ils s'éloignèrent sous la pluie.

Alors l'Hirondelle reprit son vol et alla dire au Prince ce-qu'elle avait vu.

-Je suis couvert d'or fin, dit le Prince détachez-le feuille à feuille et donnez-le à mes pauvres. Les hommes croient toujours que l'or peut les rendre heureux.

Feuille à feuille, l'Hirondelle arracha l'or fin jusqu'à ce que le Prince Heureux n'eût plus ni éclat ni beauté.

Feuille à feuille, elle distribua l'or fin aux pauvres et les visages des enfants devinrent roses, ils rirent et jouèrent par la rue.

- Maintenant nous avons du pain, criaient- ils.

Alors la neige arriva, et après la neige la glace.

Les rues semblaient être ferrées d'argent tant elles brillaient et étincelaient. De longs glaçons, tels que des poignards de cristal étaient suspendus aux toits des maisons. Tout le monde se couvrait de fourrures et les petits garçons portaient des toques écarlates et patinaient sur la glace.

 

La pauvre petite Hirondelle avait froid, toujours plus froid, mais elle ne voulait pas quitter le Prince; elle l'aimait trop pour cela. Elle picorait les miettes à la porte du boulanger, quand le boulanger ne la regardait pas, et essayait de se réchauffer en battant des ailes. Mais, à la fin, elle vit qu'elle allait mourir. Elle eut tout juste la force de voler encore une fois sur l'épaule du Prince.

- Adieu, cher Prince murmura-t-elle. Permettez que je baise votre main.

- Je suis heureux que vous partiez enfin pour l’Égypte, petite Hirondelle, dit le Prince. Vous avez séjourné trop longtemps ici, mais il faut me baiser sur les lèvres, car je vous aime.

- Ce n'est pas en Égypte que je vais aller, dit l'Hirondelle. Je vais aller dans la maison de la Mort. La Mort, c'est la sœur du Sommeil, n'est-ce pas ?

Et elle baisa le Prince Heureux sur les lèvres et tomba morte à ses pieds.
A ce moment, un singulier craquement résonna à l'intérieur de la statue comme si quelque chose s'était brisé.

Le fait est que le cœur de plomb s'était fendu en deux."


Repères à suivre : la générosité, geste impérissable (Wilde)

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