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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La découverte du théâtre des opérations (M.Aragnieux)

 

La découverte du théâtre des opérations (M.Aragnieux)

repères : thème de la guerre : le feuilleton


Résumé : en ce 3 août 1914, Théodore de Lauzun sent son âme se dilater à l'annonce de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. « Les casques à pointe allaient voir ce qu'ils allaient voir ! » Le jeune garçon aspire à embrasser la carrière militaire. Son souhait se réalise. Versé dans l'infanterie, il devient au mois de septembre 1915 le caporal Théodore de Lauzun. Les pleurs de sa mère et l'orgueil du père ne découragent pas notre brave soldat tout heureux d'en découdre enfin avec l'ennemi. Il se sent investi d'une mission ; il est invulnérable. Du moins, le croit-il...

***

 

Une insertion à réussir

Théodore de Lauzun rejoignit son régiment avec une excitation indicible. Les corvées les plus serviles ne lui posèrent aucun état d'âme. Le maniement des armes le rendit heureux. Il se montra un parfait sujet de l'armée. Une bonne recrue pleine de zèle. Demeurait son obsession de voir coûte que coûte le théâtre des opérations. Quel fut son bonheur lorsqu'il reçut son ordre de départ avec son unité ! Le caporal Théodore de Lauzun allait combattre enfin. Il voulait voir l'ennemi en face, faire montre de ce courage dont il était animé depuis cette année et demie d'attente intolérable. Durant sa période d'instruction, il posa néanmoins des problèmes bien malgré lui car nul ne comprenait qu'un homme bien né puisse vouloir s'engager avec les hommes du rang. Ces derniers le regardaient avec sarcasme. « On vient visiter le bon peuple ? » entendait-il. On lui faisait du « Monsieur le duc » par-ci par-là. On riait à ses dépens. Du côté des officiers, il était évident que ce jeune homme paraissait être fait d'une étoffe particulière. Il était difficile à cerner.


Il semblait acquis pour tous que notre héros n'avait donc pas d'emblée sa place au milieu de ses frères d'armes. Il dût se la faire. Il procéda avec une intelligence et un courage extraordinaires. Cela ne sembla pas une tâche si aisée. Théodore dut faire abstraction de ses réflexes de caste pour s'intégrer parmi ses compagnons. Un mois, trois mois passèrent. Le problème de Lauzun n'en fut plus un. Il faut dire que le jeune homme avait essuyé le feu ennemi. Les considérations sociales n'avaient plus lieu d'être. On était frères d'armes, un point c'est tout.

 

La désillusion : la guerre des tranchées

Les combats, c'était peu dire que notre homme était prêt, du moins le croyait-il. Quel fut son désenchantement lorsqu'il ne vit pas le champ de bataille qu'il avait rêvé. Loin d'un espace vert et vallonné, il découvrit des tranchées de terre retournée et un no man's land, des champs désolés par l'explosion de bombes meurtrières. Il se vit enterré, enfoui comme des bêtes, elles-mêmes serrées les unes aux autres dans une boue molle et adhérente. L'automne rendit la chose plus rude, mais ce n'était rien en comparaison avec la morsure du froid de l'hiver et l'épaisse neige recouvrant tout sur son passage. Pour se tenir éveillé, le jeune garçon se remémorait des vers de Béranger qu'il aimait :

 "Les oiseaux nous ont quittés ;
Déjà l’hiver qui les chasse
Étend son manteau de glace
Sur nos champs et nos cités."

La poésie le faisait tenir.

 

Il comprenait que la réalité du moment le tenait loin des scènes mémorables de bataille auxquelles il avait toujours songé. Nul à l'arrière du front ne pouvait concevoir toutes les souffrances endurées dans l'enfer de la guerre de tranchées. Les incursions en territoire ennemi étaient des actes de bravoures aussi héroïques que désespérés. Quel courage fallait-il pour s'engager en territoire hostile avec la quasi certitude de se faire trouer le dos ! Il percevait l'étrangeté d'une situation où le neutre de bellum, la guerre, revêtait tout son sens. Le féminin et le masculin n'avaient plus de sens. Ils avaient perdu leur polarité. Restait le neutre, la seule chose qui devenait, sous l'enfer des obus, une réalité. Il médita sur ce vers fameux de l'Éneide "Sunt lacrimae rerum", il existe des "larmes des choses" peut-on traduire littéralement. Ces quelques vers ne quittèrent pas notre héros livré à la rudesse des combats.


repères à suivre : le feuilleton : la fin de la guerre

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