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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La Cerisaie, la perte d'une partie de soi (VII)

La Cerisaie, la perte d'une partie de soi (VII)

 

 

Le temps de la séparation

(Repères : thème de la demeure : l'étude)

 Il a été indiqué précédemment que la Cerisaie a été acquise par Lopakhine, ancien fils de Moujik.

Le dernier acte retrace le départ des anciens propriétaires donnant lieu à des sentiments contrastés. Le vertige des adieux entraîne de la confusion, des tensions, des cris mais aussi du soulagement. On regarde sa montre ; on fait des projets.

 

L'abattage des cerisiers est prévu, la maison est fermée à clé jusqu'au printemps. « Tout finit sans retour possible.» (Ania, acte IV).

 

On pense vaguement encore au plus fidèle des serviteurs, Firs, que l'on croit placé à l'asile.

 

"Lioubov (assise)

Je veux me reposer un instant encore. On dirait qu'auparavant je n'ai jamais vu les murs, les plafonds de cette maison, tant je les regarde avidement, avec une affection si tendre... » (acte IV)

 

C'est enfin le temps de la séparation. Mais peut-on se séparer de ce qu'on aime ?

 

L'ancien serviteur Firs que l'on a oublié à l'intérieur de la demeure verrouillée emploie des mots d'une résonance poignante :

"Firs(s'approchant d'une porte qu'il essaie d'ouvrir)

Fermé. Ils sont partis... (Il s'assied sur le divan.) Ils m'ont oublié... Ce n'est rien... Je vais me reposer un peu... Et Léonide Andréitch, a encore, à coup sûr, oublié de mettre sa pelisse. Il est parti en pardessus... (il soupire, soucieux.) Ah! là, là, jeunesse inexpérimentée! Je n'y ai pas fait attention, moi... (Il marmonne quelque chose d'incompréhensible.) Voilà... la vie est passée, comme si je n'avais jamais vécu... (Il se couche.) Je vais me coucher un peu... Il ne te reste plus de forces, mon vieux... rien ne te reste, rien... Ah, là, là!  Espèce de... propre à rien. (Il demeure immobile.) »

 

Le bruit de la cognée abattant la cerisaie se fait entendre. Rideau !

 

La Cerisaie nous montre la vie sans artifices, bouillonnante et qui s'écoule sans que l'on ait de prise....

 

Cette Cerisaie a influencé l'œuvre suivante de Ivan Bounine qui n'a pas manqué de replacer -avec fidélité- ces arbres fruitiers dans le domaine de Soukhodol...

 

Repères à suivre : l'étude : Soukhodol ou le pouvoir de l'imagination (I)

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lizagrèce 27/01/2011 21:37



La Cerisaie c'est le basculement d'un monde  vers une ère nouvelle où les vieux n'ont plus leur place. Les histoires de Cerisaie perdurent.



Litteratus 28/01/2011 14:00



une dépossession de soi et un abandon des autres...



lyly 26/01/2011 09:25



Bonjour L


Comme ce personnage est poignant à veiller ainsi sur les autres alors qu'il semblerait qu'ils ne le considèrent pourtant guère plus qu'un meuble !


 


 



Litteratus 26/01/2011 16:17



pathétique !



flora 24/01/2011 10:05



Les seuls laissés pour compte seront les vieux serviteurs, fatalistes, qui se font encore des soucis pour leurs maîtres...



Litteratus 24/01/2011 11:22



Ils payent le prix de la désinvolture de leurs maîtres !