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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La campagne d'égypte : la vision des vaincus (Abdurrahman-Effendi )

 

 

La campagne d'égypte : la vision des vaincus (Abdurrahman-Effendi )
Repères : carnet de voyage : Egypte


La vision des vaincus

Après la célèbre exhortation de Bonaparte à ses troupes avant l'assaut final, voyons aujourd'hui la vision d'un écrivain égyptien, Abdurrahman-Effendi qui retrace la campagne militaire vue par les vaincus.

Impréparation, vents contraires, les Egyptiens jouèrenet de malchance...

Le récit d'une déroute...

***

Chaque jour on apprenait que les Français approchaient du Caire, et personne n’était d’accord sur les dispositions qu’on devait prendre ; on ne savait de quel côté l’ennemi arrivait. Les uns disaient : il viendra par la rive occidentale ; d’autres par la rive orientale ; d’autres enfin pensaient qu’il pourrait venir des deux côtés. Cependant aucun des chefs de l’armée n’avait assez de présence d’esprit pour envoyer des espions, ou un corps avancé pour connaître la marche des Français. Ibrahim-bey et Murad-bey se contentèrent de rassembler leur armée et d’attendre l’ennemi, n’ayant nulle part de forteresse ni de retranchement ; ainsi, par cette mauvaise disposition, ils négligèrent de faire observer l’ennemi.

Le vendredi 6 de sefer, les Français arrivèrent à Djisrul-Assouad. Le samedi matin, l’armée s’étendit à Emdinar. Alors on donna l’alarme partout : les habitans des villages voisins accoururent au camp. Mais les troupes n’avaient point de confiance en leurs forces ; aucune disposition n’avait été faite. Tout cela provenait de la hauteur, de l’orgueil et de l’égoïsme des chefs ; ils avaient du mépris pour tout ce qui était plus petit qu’eux ; aussi méprisaient-ils les Français. Leur ignorance les endormit, ils ne se réveillèrent que pour fuire.

Cependant les Français arrivèrent par la rive occidentale. Lorsqu’ils parurent, un corps de l’armée de la rive occidentale montra à cheval et s’avança du côté d’Embabè. Ils rencontrèrent l’avant-garde française et la chargèrent. Les Français leur ripostèrent par un feu de file. Cette cavalerie se replia du côté des retranchemens en laissant morts sur la place, Aïoub-bey, Abdalla, Kiachef-Djourf, et un assez grand nombre de kiachefs de Mohammed-bey-el-Elfi, et de ses mamlouks.

Une colonne française, composée d’environ 6,000 hommes, les suivit ; elle était commandée par Desaix, qui fut gouverneur du Saïd quand ils se furent emparés de l’Égypte. Bonaparte ne vit pas ce combat, parce qu’il était loin de la colonie ; il n’arriva que lorsque la déroute était complète.

La colonne approcha des retranchemens de Murad-bey ; on tira des coups de canon des deux côtés, on en tira aussi de dessus l’eau. L’armée occidentale, qui était derrière les retranchemens, reçut un renfort d’Arnautes venant de Damiette par Embabè, et le combat commença à coups de fusil et de canon.

L’armée orientale, entendant et voyant le combat engagé, commença à pousser des cris ; on s’écriait : O Dieu tout-puissant, accorde-nous la victoire sur les Français. Ils croyaient que, pour vaincre, il ne s’agissait que de crier. Les gens d’esprit ordonnaient de se taire, et disaient que le Prophète et ses disciples se battaient avec le sabre et l’épée, et non avec des cris et des aboiemens comme des chiens ; mais on ne les écoutait pas.

Il se passa alors une heure de grands malheurs (qui pourra le lire ou l’entendre !) : un grand nombre de princes et de soldats de l’armée orientale montèrent sur des bateaux pour passer de l’autre côté ; parmi eux était Ibrahim-bey. Il y eut une foule extrême au lieu de l’embarquement ; à leur arrivée à l’autre bord, la déroute était complète dans l’armée occidentale, le vent très-fort et le fleuve très-agité. Le sable élevé par le vent frappait au visage des Egyptiens ; personne ne pouvait ouvrir les yeux ; le vent venait du côté de l’ennemi ; c’est ce qui causa en grande partie la déroute.

La colonne s’avança sur les retranchemens de Murad-bey, et se divisa en deux corps selon leur manière de combattre ; alors les tambours battirent la charge, il y eut un feu de file, de canon et de fusil. Le vent s’accrut, la poussière s’éleva, la fumée de la poudre apporta la nuit au monde, les oreilles étaient assourdies par le bruit ; on crut que la terre tremblait et que les cieux s’écroulaient. Le combat dura ainsi environ trois quarts d’heure. La déroute se mit dans l’armée occidentale. Elle était cernée par l’ennemi, la plupart des cavaliers se noyèrent, et quelques-uns furent pris par les Français qui s’emparèrent des retranchemens."

 


Expédition française en Egypte, Abdurrahman-Effendi Revue des Deux MondesT.1, 1830

 

http://fr.wikisource.org/wiki/Exp%C3%A9dition_fran%C3%A7aise_en_Egypte

 

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