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Gazette littéraire

L’origine sociale des héros (Zola, Nizan)

Le monde ouvrier en partage

Repères : thème de l'industrie : l’étude

Il a été indiqué dans l’article précédent que l’étude comparée de la Gazette porterait sur la question de l’ambivalence de l’appartenance à la classe ouvrière au travers de la lecture de deux romans emblématiques :

-          - La bête humaine, d’Emile Zola publié en 1890, qui appartient au dix-septième tome du cycle des Rougon-Macquart,

-              -  Antoine Bloyé, de Paul Nizan, publié en 1933.

Nous avons évoqué le contexte de l’action, notamment la datation et la localisation du récit. Voyons, si vous le voulez bien, l’origine sociale de nos deux personnages, Jacques Lantier et Antoine Bloyé.

***

Deux frères de misère

La question de l’appartenance sociale à la classe ouvrière résulte de leurs origines.  Il ressort de la lecture de ces deux ouvrages que nos deux héros semblent frères à plusieurs titres. Ils sont en effet issus du même milieu populaire particulièrement défavorisé ; ils ont en partage le fait d’avoir été élevés dans une misère profonde. Seule la cellule familiale dans laquelle ils ont vécu les différencie puisque l’un a été abandonné aux soins d’une lointaine cousine lorsque l’autre a été élevé par ses propres parents. Les deux familles Lantier et Bloyé ont des racines paysannes, oubliées depuis quatre générations chez Zola, de fraîche date chez Nizan. Dans ce dernier roman, on décrit en effet l’ouvrier comme un paysan déraciné. Dans les deux cas, la notion d‘appartenance à la classe ouvrière est fortement intériorisée. Précisons les choses.

 

Une biographie concise

Dans la bête humaine, Jacques Lantier, né en 1844, est le fils de Gervaise Macquart et d’Auguste Lantier. La première était blanchisseuse avant de sombrer dans la misère la plus noire ; Lantier est, quant à lui, un parfait fainéant. On connaît la vie tragique de ces personnages au travers de la lecture de l’Assommoir. Le fils cadet de ces derniers a été confié par ses parents dès l’âge de six ans à sa tante Phasie à Plassans, ville imaginaire que Zola situe dans le sud-est de la France (Aix en Provence). L’enfant a été élevé avec ses deux cousines dans une atmosphère chaleureuse. Au moment où débute le roman, le jeune homme de vingt-six ans témoigne son affection à sa tante en lui rendant régulièrement visite. Il éprouve à son égard un vif attachement. Avec une concision remarquable, Zola nous livre la simple biographie de notre héros :

« C’était une cousine de son père, une Lantier, qui lui avait servi de marraine, et qui à l’âge de six ans, l’avait pris chez elle, quand, son père et sa mère disparus, envolés à Paris, il était resté à Plassans, où il avait suivi plus tard les cours de l’école des arts et métiers. Il lui en gardait une vive reconnaissance. » (page 43)

 

Une biographie détaillée

Né en 1864, Antoine Bloyé est, lui, le fils d’un employé des chemins de fer et d’une femme de ménage. Le ménage a en commun une vie de labeur et de fatigue. L’auteur nous brosse en termes clairs le portrait du père du héros. C’est sous les traits d’un homme résigné, que l’on découvre en effet Jean-Pierre Bloyé pliant sous le joug d’une vie sans perspectives : « C’est un homme pauvre ; il connaît qu’il est attaché à une certaine place dans le monde, une place décrétée pour la vie entière, une place qu’il mesure d’avance comme une chèvre attachée mesure l’aire ronde de sa corde, et qui est voulue comme toutes les conditions du monde par le hasard, par les riches, par les gouvernants. » (page 45). Dénué de tout esprit de révolte, il partage ce même fatalisme avec son épouse, Marie, décrite de surcroît comme une femme passablement bornée : « (…) elle nettoie sa maison, elle cultive les carrés de légumes du jardin, elle fait des lessives, elle est endormie dans les prières, dans le bain de fatigue de ses journées, et les lectures pieuses que lui apporte le Pèlerin : elle parle avec crainte des Rouges, des Républicains qui sont en guerre contre Dieu. » (page 54)

 

Dans ce contexte particulier, Antoine Bloyé connaît lui aussi une forme de bonheur due à l’insouciance de l’enfance ; il  joue avec les enfants du village sans considération des différences de milieu social. Il vit en bande sans se rendre compte des contours de l’avenir qui ne se dessinent pas de la même façon pour tous. Ce n’est que bien plus tard que l’enfant mesurera l’étendue de la misère de son enfance. Le roman fonctionne en effet en prises de conscience qui s’effectuent à retard. L’amertume d’Antoine Bloyé croît avec l’âge. « Beaucoup d’années plus tard, Antoine se rappellera la pauvreté de ses parents à cette époque-là, il sera tourmenté par le souvenir de vieilles misères enfin comprises et des années où il était inscrit sur la liste des indigents de l’école primaire. » (page 57).

 

Nos deux héros s’élèveront de leur condition par le même ressort,  l’éducation ; tous deux sont en effet issus de la même école des Arts et Métiers.

 

 Repères à suivre : l’étude : l’éducation des héros

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