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Gazette littéraire

L'onde de l'eau (Ésope et La Fontaine)

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Après avoir montré la valeur de l'eau, découvrons ensemble... son prix.

Quoi de plus sensible que le prix de l'eau sur le plan économique et social !

 

Réduisons le champ de la discussion en posant la question de la manière suivante : quel est donc le prix à payer pour pouvoir se désaltérer librement ?

 

Retrouvons cette problématique dans les Fables puisque c'est le registre idéal pour traduire une donnée immuable sous le soleil : il est constant que cette lutte pour assouvir ce besoin vital s'avère inégale depuis la nuit des temps.

 

La Gazette met en exergue aujourd'hui deux fables illustrant l'ignominie de la loi du plus fort.

Vous pourrez découvrir l'origine première de la célèbre fable du loup et de l'agneau en relisant celle d'Esope (VII avant JC), avant de la comparer avec celle de la Fontaine (17ème siècle).


***

"Un Loup buvant à la source d'une fontaine, aperçut un Agneau qui buvait au bas du ruisseau ; il l'aborda tout en colère, et lui fit des reproches de ce qu'il avait troublé son eau. L'Agneau, pour s'excuser, lui représenta qu'il buvait au-dessous de lui, et que l'eau ne pouvait remonter vers sa source. Le Loup redoublant sa rage, dit à l'Agneau qu'il y avait plus de six mois qu'il tenait de lui de mauvais discours. "Je n'étais pas encore né, répliqua l'Agneau. Il faut donc, repartit le Loup, que ce soit ton père ou ta mère." Et sans apporter d'autres raisons, il se jeta sur l'Agneau et le dévora, pour le punir (disait-il) de la mauvaise volonté et de la haine de ses parents."

D'un loup et d'un agneau, Ésope

 source : http://fr.wikisource.org/wiki/D%27un_loup_et_d%27un_agneau


Le Loup et l’Agneau.
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
    Nous l’allons montrer tout à l’heure.
    Un Agneau se désaltérait
    Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
    Dit cet animal plein de rage :
    Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
    Ne se mette pas en colère ;
    Mais plutôt qu’elle considère
    Que je me vas désaltérant
        Dans le courant,
    Plus de vingt pas au-dessous d’elle ;
Et que par conséquent en aucune façon
    Je ne puis troubler ta boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
    Reprit l’Agneau, je tète encore ma mère,
    Si ce n’est toi, c’est donc ton frère :
Je n’en ai point. C’est donc quelqu’un des tiens :
    Car vous ne m’épargnez guère,
    Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
    Là-dessus au fond des forêts
    Le Loup l’emporte, et puis le mange,
    Sans autre forme de procès.

 

Jean de La Fontaine —Fables
(livre premier)

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Loup_et_l%E2%80%99Agneau

 

 

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flora 12/07/2011 11:14



J'ai toujours observé l'attachement-admiration quasi religieux des Français pour La Fontaine (je n'en discute pas la justification) avec quelque curiosité. De toute évidence, ils adorent se voir
asséner de la morale...



Litteratus 22/07/2011 21:36



Ils en ont probablement plus besoin que d'autres...