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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L'invocation du frère (Marie-Joseph Chénier)

L'invocation du frère (Marie-Joseph Chénier)

Les deux frères Chénier

(repères : thème de la fratrie : présentation)

Les relations entre frères peuvent subsister par delà la mort surtout lorsqu'on est poète. Le poème de Victor Hugo sur son frère Eugène est entré dans la postérité de ce chef.

Mais prenons une autre fratrie qui a exercé le même art et décidons que cet art est la poésie. Il n'en existe plus beaucoup...

La famille Chénier, quant à elle, compte deux grands poètes, l'aîné, André et le cadet, Joseph-Marie Chénier. 

Le premier est resté seul célèbre pour avoir soutenu la révolution de 1789 avant d'en faire les frais : il est en effet arrêté le 7 mars 1794, puis guillotiné le 25 juillet 1794, en pleine période de la Terreur.

Un destin hors du commun. Il n'en va pas de même pour son frère. Joseph-Marie s'est vu en effet reprocher de ne pas avoir sauvé son frère et d'avoir fait preuve d'incurie avant de tomber dans l'oubli profond...

Touché en plein cœur, il s'en justifie au travers de cette épitre que nous redécouvrons aujourd'hui.

 

  ***

"L'injustice agrandit une âme libre et fière.
Ces reptiles hideux, sifflant dans la poussière,
En vain sèment le trouble entre son ombre et moi:
Scélérats! contre vous elle invoque la loi.
Hélas! pour arracher la victime aux supplices,
De mes pleurs chaque jour fatiguant vos complices,
J'ai courbé devant eux mon front humilié;
Mais ils vous ressemblaient: ils étaient sans pitié.
Si, le jour où tomba leur puissance arbitraire,
Des fers et de la mort je n'ai sauvé qu'un frère'
Qu'au fond des noirs cachots Dumont avait plongé,
Et qui deux jours plus tard périssait égorgé,
Auprès d'André Chénier avant que de descendre,
J'élèverai la tombe où manquera sa cendre,
Mais où vivront du moins et son doux souvenir,
Et sa gloire, et ses vers dictés pour l'avenir.
Là, quand de thermidor la septième journée
Sous les feux du Lion ramènera l'année,
O mon frère! je veux, relisant tes écrits,
Chanter l'hymne funèbre à tes mânes proscrits.
Là, souvent tu verras près de ton mausolée
Tes frères gémissans, ta mère désolée,"

   

Epître sur la calomnie, Joseph-Marie Chénier

http://books.google.co.uk/

 

Repères à suivre : présentation : l'indifférence du frère

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