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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L'influence de la Princesse de Clèves

L'influence de la Princesse de Clèves

Regard croisé sur deux œuvres

(Repères : thème de l'héritage : introduction)

Nous avons examiné dans le précédent article le jugement des auteurs sur un de leurs prédécesseurs, Montaigne.

Poursuivons aujourd'hui l'entreprise en découvrant l'influence d'une œuvre sur une autre.

Il vous est proposé de lire aujourd'hui un extrait de la Princesse de Clèves et de retrouver dans l'article suivant l'influence de cette œuvre dans le bal du comte d'Orgel de Radiguet.

La Gazette Littéraire a choisi de placer les deux œuvres au moment même où les deux épouses confessent à leur mari l'amour qu'elles éprouvent pour un... autre homme.

Dans le premier passage, un quiproquo a lieu entre les époux. Madame de Clève reproche à son mari, passablement jaloux, de l'avoir compromise. Lui, de son côté, croit alors connaître le nom de l'amant de sa femme. Cette dernière cherche vainement à le détromper...

***

 

  "M. de Clèves vint au Louvre, et fut étonné de n’y pas trouver sa femme : on lui dit l’accident qui lui était arrivé. Il s’en retourna à l’heure même, pour apprendre de ses nouvelles : il la trouva au lit, et il sut que son mal n’était pas considérable. Quand il eut été quelque temps auprès d’elle, il s’aperçut qu’elle était dans une tristesse si excessive qu’il en fut surpris. Qu’avez-vous, madame, lui dit-il ? Il me paraît que vous avez quelque autre douleur que celle dont vous vous plaignez. J’ai la plus sensible affliction que je pouvais jamais avoir, répondit-elle. Quel usage avez-vous fait de la confiance extraordinaire ou, pour mieux dire folle, que j’ai eue en vous ? Ne méritais-je pas le secret ? et, quand je ne l’aurais pas mérité, votre propre intérêt ne vous y engageait-il pas ? Fallait-il que la curiosité de savoir un nom que je ne dois pas vous dire vous obligeât à vous confier à quelqu’un pour tâcher de le découvrir ? Ce ne peut être que cette seule curiosité qui vous ait fait faire une si cruelle imprudence. Les suites en sont aussi fâcheuses qu’elles pouvaient l’être : cette aventure est sue, et on me la vient de conter, ne sachant pas que j’y eusse le principal intérêt. Que me dites-vous, madame, lui répondit-il ? Vous m’accusez d’avoir conté ce qui s’est passé entre vous et moi, et vous m’apprenez que la chose est sue. Je ne me justifie pas de l’avoir redite ; vous ne le sauriez croire, et il faut, sans doute, que vous ayez pris pour vous ce que l’on vous a dit de quelque autre. Ah ! monsieur, reprit-elle, il n’y a pas dans le monde une autre aventure pareille à la mienne ; il n’y a point une autre femme capable de la même chose. Le hasard ne peut l’avoir fait inventer ; on ne l’a jamais imaginée, et cette pensée n’est jamais tombée dans un autre esprit que le mien. Madame la dauphine vient de me conter toute cette aventure ; elle l’a sue par le vidame de Chartres, qui la sait de M. de Nemours. M. de Nemours ! s’écria M. de Clèves, avec une action qui marquait du transport et du désespoir. Quoi ! M. de Nemours sait que vous l’aimez, et que je le sais ! Vous voulez toujours choisir M. de Nemours plutôt qu’un autre, répliqua-t-elle : je vous ai dit que je ne vous répondrai jamais sur vos soupçons. J’ignore si M. de Nemours sait la part que j’ai dans cette aventure, et celle que vous lui avez donnée ; mais il l’a contée au vidame de Chartres, et lui a dit qu’il la savait d’un de ses amis, qui ne lui avait pas nommé la personne. Il faut que cet ami de M. de Nemours soit des vôtres, et que vous vous soyez fié à lui pour tâcher de vous éclaircir. A-t-on un ami au monde à qui on voulût faire une telle confidence, reprit M. de Clèves, et voudrait-on éclaircir ses soupçons au prix d’apprendre à quelqu’un ce que l’on souhaiterait de se cacher à soi-même ? Songez plutôt, madame, à qui vous avez parlé. Il est plus vraisemblable que ce soit par vous que par moi que ce secret soit échappé. Vous n’avez pu soutenir toute seule l’embarras où vous vous êtes trouvée, et vous avez cherché le soulagement de vous plaindre avec quelque confidente qui vous a trahie. N’achevez point de m’accabler, s’écria-t-elle, et n’ayez point la dureté de m’accuser d’une faute que vous avez faite. Pouvez-vous m’en soupçonner, et, puisque j’ai été capable de vous parler, suis-je capable de parler à quelque autre ? "

 

La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Princesse_de_Cl%C3%A8ves,_%C3%A9dition_Lepetit,_1820

 

Repères à suivre : présentation : l'influence de la Princesse de Clèves chez Radiguet

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lizagrèce 15/09/2012 21:52


Ah ! la Princesse de Clèves ... qui a bien failli passer à la trappe !


http://maisondleiza.over-blog.fr

Litteratus 16/09/2012 19:41



Heureusement, elle a été retenue avant le désastre !