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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L'homme de l'omnibus de Clapham (2)

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  Repères : thème du langage

                     - le feuilleton :  chapitre précédent

 

 

 

Résumé : le 9 janvier 1903, William Smith, jeune cocher robuste, ramène à vide l'omnibus de Clapham tiré par deux chevaux après avoir achevé son périple quotidien de dix miles entre le centre de Londres et la bourgade de Clapham, située au sud de la Tamise. Témoin de l'évolution sociologique et technologique de son quartier, le jeune garçon a compris que l'arrivée des chemins de fer et l'extension du métropolitain vouent les hippomobiles à un proche abandon. Mais il  a en tête un projet qui s'est imposé à lui par un concours de circonstances.


***

Deux ans auparavant, William tomba par hasard sur un exemplaire oublié dans l'omnibus d'une œuvre jugée scandaleuse de Thomas Hardy intitulée, Jude l'obscur. Il  se mit par curiosité à feuilleter, puis à lire ce roman avec attention. Il fut le premier étonné de s'identifier au héros, appelé à conduire une carriole et à en tirer un certain profit. Oh, bien sûr, il ne se passionna que pour le début du roman, délaissant le côté sentimental de l'œuvre qui dépassait le champ d'expérience du jeune garçon habitué aux seules amourettes. Les romances n'avaient encore guère droit de cité dans la vie de ce rude ouvrier. Mais ce personnage de Jude l'avait convaincu que son aspiration à s'élever socialement n'était ni isolée, ni mal placée. C'est ainsi que William conçut alors un projet similaire à celui du héros, celui de s'éduquer.


Et comme il n'avait pas le temps ni les moyens d'étudier dans une école, il comprit qu'il devrait le faire par lui-même. Il s'imagina pouvoir -comme le personnage du roman- réaliser deux choses en même temps : tenir les rênes de l'omnibus et lire sur ses genoux un manuel de deuxième main, acquis à vil prix. Animé ainsi par une curiosité insatiable dans un domaine bien précis, il mit en œuvre son projet. Il chercha à s'instruire en employant tous les moments utiles à approfondir ses connaissances. Une soif inépuisable de savoir le dévora littéralement. Un arrêt, une rue tranquille lui permettaient d'avancer dans l'ouvrage. Mais sa lecture allait trop lentement à son goût. Le trafic devenait en effet plus compliqué avec les engins automobiles surveillés par la police depuis l'Emancipation Act qui, tout en contrôlant la circulation réglementée, avait permis aux voitures légères de circuler plus librement. Une aubaine pour les britanniques chics et désœuvrés. Un sujet d'étude pour notre apprenti savant. Car à la différence de son personnage de prédilection, William était féru d'un seul type de connaissance : la mécanique. Il absorba ainsi toute la littérature qu'il put trouver notamment sur les règles de la dynamique. Il bénéficiait donc tous les jours de la théorie et de la pratique. C'était son secret qui ne devait pas venir aux oreilles paternelles totalement fermées à la modernité.

 

D'une nature sévère, le père de William avait appris à son fils les « rênes » du métier de cocher et il n'envisageait pas d'autre destinée que celle toute tracée pour sa descendance : pas de fantaisie permise, juste un labeur dûment réalisé sous le soleil pour prétendre à un gîte décent et de quoi se nourrir sans luxe. On demeure ce qu'on est ! avait-il coutume de répéter. Mais ainsi qu'il l'a été dit, William Smith, dans la force de sa jeunesse, avait en son for intérieur une autre ambition. Il se mit à rêver à d'autres formes de réussite après avoir assisté, à dix-neuf ans, au coup d'envoi de la mythique course automobile Londres-Brighton de 1896. C'est ainsi que depuis il rongeait littéralement son frein à conduire des vieilles hippomobiles lorsque ses rêves les plus fous le poussaient au volant des derniers engins motorisés. Chimères que ces rêves inaccessibles pour un simple ouvrier. Une vie ne suffirait pas à économiser sur son salaire pour s'offrir une petite merveille des établissements Panhard. Mais il était certain que son éducation laborieuse débutée depuis deux années lui ouvrirait les portes d'un atelier de mécanique. Ce n'était plus un espoir, mais une réalité qu'il se promettait d'atteindre en approchant au plus près les podium de course. Il s'autorisait en proportion de ses moyens un seul petit plaisir, la lecture des gazettes spécialisées qui relataient les exploits réalisés en matière de vitesse et de nouvelles technologies. Il comprenait plus clairement les tenants et les aboutissements de cette nouvelle industrie. On cherchait déjà partout de la main d'œuvre qualifiée. Le cocher de l'omnibus de Clapham aurait sa place parmi les Grands !


Or, un événement de première importance prévu pour le lendemain le tenait littéralement en joie. Il devait trouver fort justement une excuse pour assister au départ d'une course automobile qu'il ne voulait manquer sous aucun prétexte... (à suivre)

 

Repères à suivre  : thème du langage

                                     - le feuilleton: l'homme de l'omnibus de Clapham (3)

 

 

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