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Gazette littéraire

L'exercice du pouvoir par Lamartine : les prises de position (1848)

Repères : thème du pouvoir : représentation dans la littérature

esclaves discours abolition esclavage

 Il a été mis en ligne dans l'article précédent un poème de Lamartine publié en 1830 sur lequel souffle le vent des Révolutions.

Dans l'article d'aujourd'hui, nous nous intéresserons davantage au rôle politique joué par notre poète.

Rappelons que Lamartine s'intéresse à la vie politique dès les années 1830. Il connaîtra des échecs électoraux cuisants à trois occasions avant de parvenir enfin à se faire élire député en 1833.

Il jouera un rôle actif ainsi qu'en témoigne la liste des discours prononcés par notre personnage à la tribune de l'Assemblée http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/lamartine/discours.asp : vous serez surpris par l'étendue des compétences de notre poète qui dépassent largement ce que d'étroits préjugés pourraient soutenir...

Devant l'étendue des sujets qui ont intéressé l'Homme d'Etat, la Gazette a choisi de mettre en ligne le discours relatif à l'émancipation des esclaves prononcé en séance le 22 avril 1835. Le talent de plume de Lamartine indéniable s'alliait à une véritable éloquence.

Enfin, précisons, pour être complet sur ce point précis, qu'il signera le décret du 27 avril 1848 portant abolition de l'esclavage en France et dans ses colonies rédigé par Victor Schoelcher

(http://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9cret_du_27_avril_1848_abolissant_l%27esclavage)

 

***

« (...) Nous disons, et l’esclave dit avec nous : Aucune loi ne peut donner à l’homme la propriété de l’homme ; car la loi n’est que la sanction de la justice, et nul n’est obligé de ratifier une loi qui le prive des droits reçus de la nature ! Où donc sera la solution ? La voici, Messieurs, il y a trois parties intéressées dans l’émancipation des esclaves : le colon qui échange une propriété précaire et usurpée contre une propriété régulière et légitime ; l’esclave qui recouvre sa liberté ; la société qui rachète un principe. Chacun profite proportionnellement dans cette transaction. C’est à la société qui gagne davantage ; c’est à elle de supporter la part la plus forte dans les charges de l’émancipation. C’est elle sans doute qui payera la part principale de l’indemnité. Mais le colon et l’esclave doivent y concourir aussi dans la mesure des bénéfices qu’ils en retirent. On arrive ainsi à une émancipation par indemnité proportionnelle qui honore le gouvernement, affranchit l’esclave et indemnise le colon. Ce n’est pas ici le lieu de discuter les modes et les formes de cette mesure, mais c’est le moment d’en jeter la pensée dans les esprits. Ne nous réfugions ni dans l’irréparable ni dans l’impossible.

Il n’est pas vrai que la société soit condamnée à ne jamais abolir les abus, les vices, les monstruosités et ses lois, parce que ces vices, ces abus, ces crimes sont devenus des propriétés publiques ou privées, directes ou indirectes. Et où en serions-nous, où en serait le monde si la société ne pouvait s’exproprier de ses erreurs et de ses vices ? La féodalité réclamerait ses serfs, l’Etat ses aubaines, l’inquisition ses confiscations, le bourreau son salaire perdu, quand nous lui aurions supprimé son œuvre homicide ! Non, Messieurs, nous avons le droit d’être humains, pourvu que nous sachions être justes ! Nous avons le droit de gémir sur le sinistre tableau qui a été si éloquemment retracé par les orateurs qui m’ont précédé à cette tribune, et notamment par M. Isambert. Nous avons le droit de nous indigner du sort de tant de millions d’hommes nos frères, troqués comme de vils troupeaux, chassés au travail avec le fouet pour salaire, condamnés à la promiscuité des femmes et des enfants ; ces enfants vendus à un maître, la mère à un autre, le père à un troisième ; l’âme profanée avec le corps, l’ignorance imposée, la famille foulée dans son germe ; la famille, ce germe d’où sort toute sociabilité ! Nous avons le droit d’abolir de telles atrocités ; ou si on nous conteste le droit de les abolir, nous avons du moins le droit de les racheter ! Jamais le moment ne fut plus favorable. Nous sommes en paix, les esprits sont en mouvement, les bonnes pensées en progrès ; l’Angleterre marche devant nous et nous éclaire ; je regretterai seulement à jamais que nous n’ayons pas donné l’exemple au lieu de le suivre, et qu’une nation rivale nous ait enlevé une si pure gloire ! (...)"

Discours Sur l’émancipation des esclaves, à l’Assemblée nationale, Séance du 22 avril 1835, Lamartine

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/lamartine/discours/22-04-1835.asp


Repères : thème du pouvoir : le temps des désillusions

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flora 13/01/2012 17:06


Très beau texte passionné! On n'entend plus jamais de telle éloquence par nos tribuns... (Les derniers: Badinter, Mitterrand... et Villepin!)

Litteratus 13/01/2012 21:56



De l'art de discourir !