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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 06:39

 

 

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Repères : thème du pouvoir : représentation dans la littérature 

Quittons les chemins balisés du gouvernement monarchique et de l'Empire pour parvenir dans un monde plus obscur et secret.

Un illustre historien, auteur magnifique par ailleurs, a eu conscience très tôt de l’émergence d'une force vive en Angleterre en 1718-1719.

Il s'agit pour lui de mettre en évidence, le pouvoir de l'argent. Un texte qui ne perd pas de son acuité...

***

« L’Angleterre est grande en ce siècle, grande d’elle-même et par l’éclipse de la France. Celle-ci pour longtemps est absente des affaires humaines ; elle ne fera guère que des sottises en politique, en littérature des œuvres de génie. Naufragée et demi-brisée, enfonçant, elle roule entre deux eaux ; dans le sillage du vaisseau britannique. Tout flotte derrière celui-ci, non-seulement les puissances protestantes, mais les catholiques. L’Espagne, l’empereur, la courtisent pour arracher des lambeaux d’Italie. Cette grandeur de l’Angleterre n’est point illégitime. Seule entre les nations d’alors, elle a les trois conditions pour vivre et agir : un principe, une machine, un moteur.

C’est le moteur qu’on n’a pas remarqué. Sans lui, elle n’eût rien fait. Son beau principe du gouvernement de soi par soi était représenté très peu fidèlement par deux chambres aristocratiques. Sa fameuse constitution, — une vieille machine de Marly, — était propre à ne pas bouger et ne rien faire. La prétendue balance n’était qu’une bascule alternative. L’Angleterre prit force et vigueur, Justement parce qu’il n’y eut plus ni balance, ni bascule. Un moteur vint qui emporta tout en ligne droite, dans un mouvement simple et fort. Ce fut le parti de l’argent, le tout jeune parti de la banque, auquel se réunit bien vite la haute propriété, bref un grand parti riche, qui acheta, gouverna le peuple, ou le jeta à la mer, — je veux dire lui ouvrit le commerce du monde.

 

Ce parti de l’argent se vantait d’être le parti patriote, et la grande originalité de l’Angleterre, c’est que cela était vrai. La classe des rentiers et possesseurs d’effets publics, spéculateurs, etc., qui était pour les autres états un élément d’énervation, pour elle était une vraie force nationale. Cette classe fut et le moteur et le régulateur de la machine. Elle poussa tout entière d’un côté. Il y eut impulsion et non fluctuation. Au moment critique de 1688, l’Angleterre flottait encore. Ni l’église, ni la propriété territoriale, ces prétendus élémens de fixité, ne lui donnaient aucune base. Les propriétaires étaient divisés : tories et non-tories, catholiques et non-catholiques, jacobites et non-jacobites. L’église n’était pas moins divisée contre elle-même, — l’anglicane faussée par son credo absolutiste jusqu’à regretter Jacques II ! Et il eut même des puritains pour lui ! Des puritains regrettaient le jésuite I Que serait devenu Guillaume à la révolution sans le fanatisme héroïque de nos réfugiés !


Par la création de la banque, par la dette publique, par la formation de certaines compagnies patronnées de l’état, un monde nouveau fut évoqué et sortit de la terre, suspendu uniquement à la cause de la liberté, à la révolution protestante et parlementaire, nullement flottant ou divisé, mais serré en masse compacte par l’identité redoutable des idées et des intérêts. Ce fut le cœur, le nerf des whigs. Ceux-ci avaient fait au dernier vivant avec la liberté publique. Que le roi catholique revînt, le propriétaire restait propriétaire, et même l’évêque anglican serait resté évêque ; mais le rentier ne restait pas rentier. Il savait cela à merveille. Ce fut sa ferme foi que le gouvernement de droit divin ne paierait nullement les dettes de la révolution.

http://fr.wikisource.org/wiki/Six_Mois_de_la_R%C3%A9gence

 

Six mois de la Régence J. Michelet Revue des Deux Mondes T.43, 1863

Repères : thème du pouvoir :  la révolution poétique

Par Litteratus - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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