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Publié par Litteratus

L'envie dans le sport (Flaubert)

 

Une envie irrépressible de faire du sport

Repères : thème du sport : présentation

Le mimétisme

Après avoir vu que le sport  exigeait une bonne dose de volonté pour dépasser l’effort, il convient de noter que le sport révèle aussi une autre caractéristique : l’envie. On fait du sport pour faire comme une personne que l’on admire ou pour correspondre à une mode. Il existe des activités physiques plus ou moins tendances. Dans l’extrait qui vous est proposé, vous retrouverez nos héros ridicules, Bouvard et Pécuchet, qui se livrent comme toujours avec frénésie à la gymnastique en consultant là encore une encyclopédie spécialisée. Ils se lancent dans des activités physiques avec les moyens du bord, ce qui rend la situation encore plus cocasse d’autant que les deux hommes ne sont pas des athlètes accomplis, loin s’en faut…

***

"Satisfaits de leur régime, ils voulurent s’améliorer le tempérament par de la gymnastique. Et ayant pris le manuel d’Amoros, ils en parcoururent l’atlas.

Tous ces jeunes garçons, accroupis, renversés, debout, pliant les jambes, écartant les bras, montrant le poing, soulevant des fardeaux, chevauchant des poutres, grimpant à des échelles, cabriolant sur des trapèzes, un tel déploiement de force et d’agilité excita leur envie.

Cependant ils étaient contristés par les splendeurs du gymnase, décrites dans la préface. Car jamais ils ne pourraient se procurer un vestibule pour les équipages, un hippodrome pour les courses, un bassin pour la natation, ni une « montagne de gloire », colline artificielle, ayant trente-deux mètres de hauteur.

Un cheval de voltige en bois avec le rembourrage eût été dispendieux, ils y renoncèrent ; le tilleul abattu dans le jardin leur servit de mât horizontal ; et quand ils furent habiles à le parcourir d’un bout à l’autre, pour en avoir un vertical, ils replantèrent une poutrelle des contre-espaliers, Pécuchet gravit jusqu’au haut. Bouvard glissait, retombait toujours, finalement, y renonça.

Les « bâtons orthosométiques » lui plurent davantage, c’est-à-dire deux manches à balai reliés par deux cordes, dont la première se passe sous les aisselles, la seconde sur les poignets ; et pendant des heures, il gardait cet appareil, le menton levé, la poitrine en avant, les coudes le long du corps.

À défaut d’haltères, le charron tourna quatre morceaux de frêne, qui ressemblaient à des pains de sucre se terminant en goulot de bouteille. On doit porter ces massues à droite, à gauche, par devant, par derrière ; mais trop lourdes, elles échappaient de leurs doigts, au risque de leur broyer les jambes. N’importe, ils s’acharnèrent aux « mils persanes » et même craignant qu’elles n’éclatassent, tous les soirs ils les frottaient avec de la cire et un morceau de drap.

Ensuite, ils recherchèrent des fossés. Quand ils en avaient trouvé un à leur convenance, ils appuyaient au milieu une longue perche, s’élançaient du pied gauche, atteignaient l’autre bord, puis recommençaient. La campagne étant plate, on les apercevait au loin ; et les villageois se demandaient quelles étaient ces deux choses extraordinaires, bondissant à l’horizon.

L’automne venu, ils se mirent à la gymnastique de chambre ; elle les ennuya. Que n’avaient-ils le trémoussoir ou fauteuil de poste, imaginé sous Louis XIV par l’abbé de Saint-Pierre. Comment était-ce construit, où se renseigner ? Dumouchel ne daigna pas même leur répondre.

Alors, ils établirent dans le fournil une bascule brachiale. Sur deux poulies vissées au plafond, passait une corde, tenant une traverse à chaque bout. Sitôt qu’ils l’avaient prise, l’un poussait la terre de ses orteils, l’autre baissait les bras jusqu’au niveau du sol ; le premier, par sa pesanteur, attirait le second qui, lâchant un peu la cordelette, montait à son tour ; en moins de cinq minutes, leurs membres dégouttelaient de sueur."

 

Bouvard et Pécuchet, Flaubert, (ch 8)

http://fr.wikisource.org/wiki/Bouvard_et_P%C3%A9cuchet/Chapitre_VIII 

Repères à suivre : la souffrance (Virgile)

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