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Gazette littéraire

L'arrivée à Paris de Théodore de Lauzun

 

L'arrivée à Paris de Théodore de Lauzun 

Repères : thème du ridicule : Le feuilleton


Retrouvons le personnage du feuilleton de la Gazette littéraire au moment de son arrivée à Paris...


La rive gauche de la Seine

Théodore de Lauzun débarqua à la gare d'Austerlitz au petit matin après une nuit dans le train. On était en janvier 1919 et le froid mordait les joues de notre jeune provincial débarquant à Paris dans une ville bruyante, haut lieu de la fête et des sollicitations en tout genre. Il pressentait que le succès était à portée de main avec toute la confiance insolente de la jeunesse. Il comptait bien aussi sur le divertissement. Théodore n'avait que vingt et un ans et il ne connaissait rien de la vie. La Guerre l'avait privé des joies dévolues à son âge : les réjouissances et les plaisirs. De ce point de vue, il avait beaucoup de choses à découvrir...


Sa première occupation fut de trouver un lieu pour résider : il choisit la solution de l'hôtel dans le quartier Saint-Germain. Tout le monde de la comédie humaine se rappela alors à lui. Son établissement sur la rive gauche, old fashion, à contre-temps de son époque l'amusa prodigieusement. Il lui serait d'autant plus amusant de se revendiquer du courant anarchiste. Toute l'ambiguïté du personnage passerait par un brouillage systématique des repères. Il aimerait ce genre d'exercice qui se dotait d'un véritable numéro d'équilibriste ; il s'y lança tête baissée. Sa quête personnelle, la vérité au risque de la transparence, justifiait tous les moyens. Il lui fallait attirer l'attention et la maintenir durablement. Il était en phase avec son temps : on était dans l'ère de l'individualisme. Pourtant, la lisibilité de sa personne devait rester hermétique aux autres. Plus il jouerait sur les contrastes, plus on s'intéresserait à lui. Un jeune écrivain doté d'un fin stratège avait débarqué à Paris pour se faire connaître. On se souviendrait de lui ! Il n'avait pas peur du ridicule...

 

Un univers en Technicolor

Il passa dès le lendemain à la partie reconnaissance de son nouveau milieu de vie. Loin du terreau familial, il savait qu'il devait sortir de son antre et commencer à tâter le monde. S'il aimait les Ormes, sa Dordogne natale, ce n'était guère un lieu de réjouissances. On y privilégiait les rencontres avec la nature qui vous cernait à des miles à la ronde. Les distractions auxquelles il avait assisté tenaient aux mercredis de sa mère. Cette dernière réunissait une poignée d'amis qui se retrouvaient pour parler des évènements locaux. On est toujours le centre de son petit univers. Cela n'avait jamais tellement intéressé le jeune homme qui devait inconsciemment déjà se sentir à l'étroit dans cette petite contrée éloignée de tout. On s'apprêtait pour venir chez Madame Mère ! Quel effort fallait-il effectuer pour rentrer son ventre bedonnant dans l'habit du soir bien étroit. Le régime confit de canard et bon vin en avait empâté plus d'un. Le plastron ne passait pas pour être d'un confort absolu. Du haut des marches de l'escalier, à l'abri des regards, le garçonnet s'amusait de ces réceptions où le gratin de Périgueux venait engoncés dans des vêtements sombres. Il y voyait avec ses yeux d'enfant un art dans le déguisement qui manquait passablement de fantaisie. Pas un cowboy, pas un indien que des corbeaux noirs ! Quelle tristesse !

 

Quel changement lorsqu'il fit son entrée dans le monde parisien ! La couleur et la fantaisie attirèrent son regard : un monde en Technicolor avant l'heure.


Repères à suivre : le feuilleton :  L'ère du divertissement permanent

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