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Gazette littéraire

L’apostolat d’un professeur de philosophie (1)

 

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Comment savons-nous ?

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Un corps enseignant épuisé

La philosophie selon Madame Chatelet revêtait tout d’un apostolat. Un art majeur auquel elle avait dédié sa vie. Une discipline exigeante qu’elle maîtrisait avec un regard empreint de curiosité sur le monde. Cette insatiable curiosité lui donnait un air juvénile alors qu’elle approchait de la retraite. Vêtue en tailleur impeccable, les cheveux courts grisonnants, elle vous regardait toujours avec un regard bleu pétillant empreint de bonté. Un regard unique. Cette bonté la distinguait du regard que les élèves avaient toujours vu se fixer sur eux-mêmes depuis des années.


Si certains pouvaient vous parler de l’attention qu’on avait bien voulu porter à leur personne, d’autres mettaient davantage en exergue -à tort ou à raison- l’indifférence, voire l’incompréhension, lorsque ce n’était pas l’agacement ou la colère des professeurs. On a tous entonné la litanie des plaintes de l’élève et confessé nos «chagrins d’école». Du Pennac dans le texte. Dans ce concert tragique, qui conservait le souvenir d’un pédagogue bienveillant ? Depuis la maternelle, peu avaient un nom en tête. Un nom par ci, un autre par là. Les années du collège et du lycée glissent invariablement comme l’eau sur les plumes d’un canard. Un tunnel noir. Du côté des professeurs, le constat n’était pas meilleur. On ressentait depuis des années le sentiment d’une extrême fatigue d’un corps enseignant dépassé par la situation. Les nerfs souvent à vif.


Madame Chatelet

Or, un membre de cette corporation n’avait jamais ressenti le malaise d’enseigner. Elle constituait même une exception notable dans ce lycée de province. Madame Chatelet. Elle mériterait une décoration à cet égard. La légion d’honneur au moins. Mais les honneurs la laissaient froide. Elle était animée au contraire par une quête intérieure. Une recherche d’absolu qui vous laisse toujours en éveil. Pas celle qui vous dévore et vous consume. Une poursuite qui n’a rien de balzacienne… C’était pour elle au contraire sa cure de jouvence, ainsi qu’elle aimait à le dire à ceux qui s’étonnaient de sa vitalité. On s’apercevait de sa particularité dès la première minute tant elle faisait une impression sur tous ses interlocuteurs. Un talent inimitable. Elle vous saisissait par l’iris bleu de ses yeux, ces derniers si généreusement posés sur vous.


Après le regard, la parole. Jamais un mot plus haut que l’autre ; pas d’impatience dans ses gestes. De la mesure en toute chose. Mais elle avait affaire à des élèves ;  à ces derniers, elle se devait de dispenser un solide corpus académique et enfin elle devait leur donner des notes. Madame Chatelet savait tout cela pertinemment. Elle se sentait scrupuleusement comptable de son enseignement. Mais son art disait-elle s’exerçait de manière différente des autres matières. Sa pédagogie n’avait rien de commun avec celle dispensée en mathématiques ou en histoire-géographie. La philosophie, elle concevait de l’enseigner d’abord par sa manière d’être. Elle appliquait ce qu’en logique, on appelle le principe de non-contradiction. Son enseignement et sa manière de l’enseigner ne formaient qu’un…


Le cours débutait dès l’entrée de Madame Chatelet dans sa classe, sa gestuelle devait donner sens autant que sa pédagogie. Selon elle, tout était philosophie. Le renversement de la proposition, la philosophie est dans tout, méritait également un débat. Mais c’était trop tôt pour ses apprentis philosophes…Elle reprit en déclarant que tout est philosophie en prenant l’exemple des problèmes de discipline qu’elle abordait rituellement dès le début de l’année. Elle n’y revenait plus jamais au cours de l’année. Ce n’était plus nécessaire. Ses élèves avaient compris….


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