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Gazette littéraire

Le feuilleton littéraire de la Gazette : la mémoire morte (1)

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Repères : thème de la mémoire : le feuilleton

 

Un dimanche matin du milieu du mois de juin 2000, Harrington, banlieue chic d'une grande ville du Connecticut, située sur la côte Est des États-Unis, resplendissait de tous ses feux sous la verdure des immenses chênes blancs et l'odeur des lauriers de montagne.

La cloche de l'église baptiste résonnait au loin, appelant à l'office les fidèles qui se pressèrent par cortège de familles composées d'hommes élégamment vêtus, blazer et cravate club, accompagnés de leurs épouses bronzées, à l'allure sportive, toutes de blanc vêtues, arborant des sourires à l'émail diamant. Des enfants de tous âges suivaient le même code vestimentaire -en format réduit- avec une aisance naturelle. Sur le seuil de l'église, les plus jeunes se chamaillaient bien un peu sous le regard tendre de leurs parents. Une fois rentrés, les petits adoptaient le calme et la tenue qui seyaient à ce lieu de prière. On se salue, on se sourit. Chacun se connaît. Cette petite communauté partageait non seulement la même foi mais également un mode de vie identique, celui d'une classe sociale blanche, financièrement aisée. La notion de travail n'était pas un vain mot pour ces protestants habités par une obsession de la besogne à réaliser chaque jour que Dieu fait. C'est ainsi que ce moment de recueillement du dimanche qui tranchait avec le caractère soutenu du rythme de vie entretenu dans la semaine était attendu avec régularité par cette communauté qui semblait dès lors en paix avec elle-même.

En ce dimanche-ci, le Révérend Husby présidait l'office composé de nombreuses lectures de la Bible, entrecoupées de cantiques et de psaumes « Car il ne chancelle jamais ; La mémoire du juste dure toujours ». L'assemblée écoutait le pasteur avec attention ; seuls quelques adolescents endormis devaient être poussés du coude pour les inviter à suivre l'office. Chacun savait que la veille la party accueillant les jeunes du quartier chez les Swanson, famille très en vue, s'était achevée vers minuit. Mais loin de réprouver cette léthargie, les parents regardaient au contraire leurs aînés avec compréhension et même un brin de nostalgie. Nous étions pareils à leur âge, voire pire ! Il faut bien que jeunesse se passe !

 

La jeune Chelsea Edgar, seize ans, aux cheveux blond cendré et aux yeux bleu myosotis se fit rappeler délicatement à l'ordre par une personne dont la ressemblance avec cette dernière était frappante, sa mère, Joyce. Cette dernière lui posa la main sur l'épaule pour la faire sortir, en douceur, de sa torpeur. Tout en chantant, son père, John Edgar, la quarantaine triomphante, les yeux verts, les cheveux poivre et sel, à l'allure follement séduisante, lui décrocha un clin d’œil complice. Sa fille unique, c'était l'or de sa vie. Il était fier de sa famille, véritable modèle de réussite à l’américaine. Il reconnaissait avoir travaillé dur pour monter son entreprise de courtage en assurance qu'il propulsa sur l'internet depuis dix années. Un des pionniers en la matière. Il n'était jamais à court d'idées. L'informatique était sa passion. Il ne jurait que par cela. Sa femme l'avait épaulé, prenant part à l'activité dans son entreprise tant par goût que pour surveiller étroitement ce charmeur impénitent. Joyce Edgar menait ainsi de front l'organisation de son planning professionnel extrêmement riche et la tenue stricte de sa maison. Elle tenait par-dessus tout à ce que tout fonctionne. Il n'y avait pas de place pour les imprévus. De toute manière, aucun problème ne pouvait surgir sérieusement sans qu'elle le surmonte. De la rigueur dans tout pour tout ; elle vivait dans le contrôle total. Pur produit de cette famille industrieuse, Chelsea était appelée à poursuivre par son travail l'ascension sociale. Les Edgar avait cette foi chevillée au corps d'autant que leur fille présentait des dispositions particulières pour répondre aux aspirations parentales, faisant montre, de surcroît, d'une docilité exemplaire en tout.


Et dans cette église, répondant aux attentes immédiates de ses parents s'abîmant dans la dévotion, Chelsea se mit à chanter de concert, souriant de toutes ses dents revêtues d'un appareil dentaire. Une chose cependant la troubla un peu, qu'est-ce qui s'était passé exactement la veille chez les Swanson ? Elle n'en avait qu'un vague souvenir. Il faut dire que l’alcool avait coulé à flots... (à suivre)

 

Repères à suivre : la mémoire morte 2ème partie

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lizagrèce 28/10/2011 21:27



Comment ça l'alcool avait coulé à flots la veuille au soir dans une soirée ? Et la jeune Cehlsea y était donc ???


Je saurai la suite plus tard ...



Litteratus 29/10/2011 19:58



et oui...